PLAN DU COURS

Attention : ce cours est libre de droits mais ne peut être utilisé à des fins commerciales, sous peine de poursuites. Les enseignants peuvent l'utiliser librement pour leur cours. Dans ce cas, les ajouts ou actualisations qu'ils pourraient faire seraient les bienvenus afin que tous en profitent. Bon travail !
''Connaissance pour tous ''

I. LES ORIGINES DE LA SCIENCE ÉCONOMIQUE.

II. NATURE ET OBJET DE LA SCIENCE ÉCONOMIQUE

III. LE MARCHÉ.

1- Lieu de rencontre des offres et demandes d'une marchandise.
2- Différents types de marchés
• Le marché de concurrence parfaite
• Les autres types de marchés

IV. PANORAMA DES GRANDS ÉCONOMISTES NON CONTEMPORAINS.

1- Adam SMITH (1723 - 1790).

Les bienfaits de la concurrence
Valeur des marchandises et prix
Donc le prix naturel dépendrait de l'ensemble du coût
La division du travail.

2- David RICARDO  (1772~1823)

L'abstraction.
La rente foncière.
La théorie des avantages comparatifs

3- Karl MARX (1818-1883).

Économiste, philosophe, homme d'action.
L'analyse marxiste, une critique vigoureuse du capitalisme.
Le travail à l'origine de la valeur des marchandises.
Le salaire: valeur de la force de travail.
Le surtravail non de la plus-value.
Marx à l'origine d'éléments importants de la pensée économique moderne. 

4- Léon WALRAS (1834 - 1910).

L'utilité rareté.
La formation des prix en situation de concurrence pure et parfaite
La démarche de l'économie pure
Théorie de l'équilibre économique général.

L. WALRAS A L'ORIGINE DE LA PENSÉE NÉOCLASSIQUE ACTUELLE.

Économie néoclassique, économie walrassienne.
Le rejet de la valeur travail et l'analyse à la marge.
La concurrence pure et parfaite conduit à l'optimum économique.
L'agrégation des comportements micro économiques.
La tendance à l'autorégulation.
La défense du capitalisme.

5- John Maynard KEYNES (1883 - 1946).

Une approche macro-économique et en termes de circuit.
De la contestation de la loi J.-B. Say.
Au rôle central de la demande effective.
Le rôle actif des entrepreneurs.
L'intervention de l'État.
La monnaie n'est pas neutre.

V. QUESTIONS


INTRODUCTION A L'ÉCONOMIE GÉNÉRALE

I. LES ORIGINES DE LA SCIENCE ÉCONOMIQUE

Le mot "économie" vient du grec oikonomos, de oikos, la maison et nomos, l'administration, c'est-à- dire étymologiquement, l'administration de la maison.

Ce terme est utilisé pour la première fois par Xénophon (445- 355 av. J.C), disciple de Socrate, dans un ouvrage intitulé "l'économique" qui donne les règles d'une bonne gestion foncière.

En 1615 paraît un ouvrage intitulé "Traité d'économie politique".

L'auteur, le français Antoine de Montchrestien, y emploie pour la première fois le terme "d'économie politique".

L'étymologies est cette fois " administration du patrimoine de la cité".

On retrouvera fréquemment par la suite le terme d'économie politique, assorti de définitions différentes.

Pour J.B. Say, l'économie politique décrit la façon dont les richesses sont produites, distribuées et consommées dans la société.

Pour Stuart Mill, l'économie politique traite de la population et de la distribution des richesses.

Différentes écoles vont se succéder, chacune a apporté sa pierre à l'édification de la science économique moderne, en répondant, en son temps, aux préoccupation des agents économiques.

Pour les tenants de la première école, dite "école classique", la science économique  doit permettre de découvrir les  "lois naturelles" régissant l'activité économique.

Trois grands courants de la pensée économique approfondiront, par la suite, l'apport de l'école classique à la science économique.

L'école "néo- classique" adaptera les thèses classiques à l'évolution des paramètres économiques.

Le courant de pensée marxiste va privilégié l'étude du "facteur travail" et s'efforcera de démontrer l'exploitation des travailleurs par les capitalistes, tout en proposant de nouvelles structures économiques.

L'école keynésienne préconisera une voie moyenne entre capitalisme pur et socialisme dur, en assignant à l'État un rôle de régulateur de l'économie.

II. NATURE ET OBJET DE LA SCIENCE ÉCONOMIQUE

Deux schémas (pages suivantes), réalisés sous forme de schémas "heuristiques" (nous reviendrons sur ce terme et cette technique dans le prochain cours) vous résument la nature et l'objet de la science économique.

Outre l'aspect schématique, l'intérêt d'une telle approche, réside dans le fait qu'une lecture attentive devrait susciter des questions de votre part.

N'oubliez pas qu'à part quelques définitions, on vous demande surtout d'appliquer votre esprit de réflexion à des thèmes d'actualité économique.

 


III. Le marché

M. et Mme Martin se rendent au marché pour y acheter des fruits, des légumes, des œufs. Avant d'acheter, ils comparent les prix, évaluent la qualité des marchandises...

M. Martin veut acheter des abricots, mais Mme Martin estime qu'ils sont trop chers et que leur qualité laisse à désirer car ce sont les premiers. Elle préfère attendre car leur prix baissera. Acceptant la suggestion de son épouse, M. Martin achète plutôt des fraises.

Cette "scène de la vie quotidienne" résume tous les ingrédients de base de l'échange sur un marché.

1- Lieu de rencontre des offres et demandes d'une marchandise

Plusieurs remarques doivent être formulées sur le marché.

• Nous disons lieu de rencontre des offres et des demandes d'une marchandise car il y a autant de marchés qu'il y a de marchandises. Ainsi, lorsque nous parlons du marché des fruits et légumes, nous parlons du lieu géographique où l'on peut acheter des fruits et des légumes qui sont des marchandises assez voisines de par leur origine (produits de l'agriculture) et de par leur destination (produits de la consommation alimentaire). En fait, il existe un marché des pommes, un marché des bananes, etc.

• Le marché que nous avons pris comme exemple est un marché local puisque s'y rencontrent les offres et les demandes d'individus habitant la ville ou ses alentours. Mais un marché peut, aussi, être international: c'est le cas, par exemple, du marché du pétrole. Un marché peut, de plus, ne pas avoir de localisation précise.

2- Différents types de marchés

• Le marché de concurrence parfaite

Pour la théorie économique (néoclassique) un marché est dit de concurrence parfaite lorsque les conditions suivantes sont réunies:

• Les autres types de marchés

    La concurrence monopolistique

Dès qu'une de ces conditions n'est pas remplie, la concurrence est imparfaite. Aussi dans la réalité la concurrence imparfaite est la règle, la concurrence parfaite l'exception. Certains parlent de concurrence monopolistique pour caractériser les situations de marché dans lesquelles les produits ne sont pas homogènes. Dans ce cas, chaque entrepreneur détient le monopole d'un produit et subit la concurrence d'entrepreneurs qui fabriquent des produits substituables.

    Le monopole : un vendeur est le seul à produire ou commercialiser un produit (exemple du monopole de distribution de l'électricité en France par EDF)

    L'oligopole : quelques vendeurs se partagent le marché d'un produit (cas du secteur automobile) face à un grand nombre d'acheteurs

Vous trouverez, dans les pages qui suivent, quelques uns  des économistes parmi les plus célèbres qui ont marqué de leur génie l'histoire de la pensée économique.

Plusieurs remarques sont à faire:

1- Vous devez parfaitement connaître les grandes lignes de leurs théories car vous devez être capables de citer ces auteurs à bon escient, et sans commettre d'erreurs, le jour de l'examen.

2- Les propos tenus par ces auteurs peuvent parfois vous paraître dénués de bon sens: n'oubliez jamais que leurs théories s'appliquaient dans des contextes complètement différents du nôtre et qu'ils étaient pertinents en leur temps.

3- Dans les dissertations qui vous seront proposées, vous devrez être capables de citer ces auteurs.


IV. PANORAMA DES GRANDS ÉCONOMISTES NON CONTEMPORAINS

1- Adam SMITH (1723 - 1790)

Le livre d'Adam Smith, Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), reste le premier grand ouvrage classique en faveur du libéralisme économique. Le texte ci-contre expose ses théories essentielles. Les passages entre guillemets sont extraits de l'ouvrage de Smith, ainsi que le dernier texte sur la manufacture d'épingles.

Les bienfaits de la concurrence

Lorsqu'on travaille pour soi-même, on sert souvent la société plus efficacement que lorsqu'on travaille pour l'intérêt social. »

La thèse fondamentale de Smith est un panégyrique de la liberté économique; à ses yeux toutes les institutions qui ont permis dans le passé le développement de la prospérité se sont imposées d'elles-mêmes et sans contrainte extérieure.

Il a toujours été, il est encore inutile, pour faire régner l'équilibre entre production et besoins, d'établir une réglementation. Un ordre s'établit spontanément, pourvu que subsiste entre les hommes la concurrence.

Si par hasard, en cas de concurrence, un déséquilibre devient menaçant, aussitôt se produit un mouvement des prix: les marchandises surproduites baissent, ce qui décourage leur production; celles qui, au contraire, sont plus demandées qu'offertes voient monter leur prix, ce qui stimule leur production; ainsi l'équilibre se réalise de lui-même.

L'ordre ainsi établi est le plus juste possible: chaque vendeur est rémunéré d'après l'importance des services qu'il rend, le prix de ces derniers variant dans le même sens que l'intensité ou le nombre des besoins qu'il s'agit de satisfaire.

Enfin le progrès est lui aussi assuré, comme l'ordre et la justice; l'épargne nécessaire à la formation des capitaux et donc à l'extension de la production est en effet stimulée par la rémunération qu'elle reçoit sous la forme d'un ~ intérêt), dont le taux dépend lui aussi de l'offre et de la demande des capitaux.

A quoi bon dès lors des réglementations? Elles ne pourraient qu'être néfastes et détruire le providentiel mécanisme ainsi décrit; elles ne pourraient avoir pour but que de fixer un niveau artificiel des prix (mais alors un déséquilibre apparaîtrait entre offre et demande), ou de rétablir des sortes de monopoles, comme celui des corps de métiers; or tout monopoleur cherche à abuser de sa situation pour gagner trop. Bref, pourvu que la concurrence soit maintenue, tout individu poursuivant son intérêt personnel est amené bon gré mal gré à servir l'intérêt général, et l'activité de tous est telle que l'ordre, la justice et le progrès sont assurés.

Valeur des marchandises et prix

Smith distingua «valeur en usage» et «valeur en échange» après beaucoup d'auteurs de son temps. Il ajouta: « Les choses qui ont le plus de valeur en usage ont souvent peu ou point de valeur en échange; au contraire les choses qui ont la plus grande valeur en échange ont souvent peu de valeur en usage.

Rien n'est plus utile que l'eau; mais on ne peut presque rien acheter avec... Au contraire un diamant n'a presque pas de valeur d'usage, mais on peut obtenir en échange une très grande quantité de biens.»

Mais il s'arrêta peu au « paradoxe de la valeur». Le problème principal pour lui fut celui de la valeur d'échange: de quoi dépendrait celle-ci sur les marchés? En principe, du travail, dit-il. Mais aussitôt il distingua prix naturel et prix de marché. (...)

«Le travail, ne variant jamais dans sa valeur propre, est la seule mesure réelle et définitive qui puisse servir dans tous les temps et dans tous les lieux à apprécier et à comparer les valeurs de toutes les marchandises. »

« Dans le prix du blé, par exemple, une partie paie la rente du propriétaire, une autre paie les salaires ou l'entretien des ouvriers... et la troisième paie le profit du fermier...

Dans le prix de la farine, il faut ajouter au prix du blé les profits du meunier et les salaires de ses ouvriers; dans le prix du pain, les profits du boulanger et les salaires de ses garçons, et dans les prix de l'un et de l'autre, le travail de transporter le blé. »

Donc le prix naturel dépendrait de l'ensemble du coût

Quant au prix de marché, c'est-à-dire au prix courant, il peut être, ou au-dessus, ou au-dessous ou précisément au niveau du prix naturel». Mais la différence entre prix de marché et prix naturel paraissait à Smith ne pouvoir être que temporaire.

« Le prix naturel est donc pour ainsi dire le point central vers lequel gravitent continuellement les prix. »

Ce mécanisme très heureux de fixation des prix ne paraissait devoir être enrayé qu'en cas de monopole; en ce cas le niveau du prix paraissait devoir être « le plus haut qu'il soit possible de retirer » (Smith ne songeait qu'aux monopoles de vente).

La division du travail

Pour Adam Smith, un des facteurs essentiels de l'accroissement de la productivité réside dans la division du travail.


La manufacture d 'épingles

Un ouvrier tire le fil à la bobine, un autre le dresse un troisième coupe la dressée, un quatrième empointe, un cinquième est employé à émoudre le bout qui doit recevoir la tête.

Cette tête est  elle-même l'objet de deux ou trois opérations séparées, la frapper est une besogne particulière, blanchir les épingles en est une autre; c'est même un métier distinct et séparé que de piquer les papiers et d'y bouter les épingles; enfin, l'important travail de faire une épingle est divisé en dix-huit opérations distinctes ou environ lesquelles, dans certaines fabriques, sont remplies par autant de mains différentes, quoique dans d'autres le même ouvrier en remplisse deux ou trois.

J'ai vu une petite manufacture de ce genre qui n'employait que dix ouvriers, et où par conséquent quelques-uns d'entre eux étaient chargés de deux ou trois opérations.

Mais quoique la fabrique fût fort pauvre, et pour cette raison mal outillée, cependant, quand ils se mettaient en train, (...) ces dix ouvriers pouvaient faire entre eux plus de quarante-huit milliers d'épingles dans une journée; donc chaque ouvrier, faisant une dixième partie de ce produit, peut être considéré comme faisant dans sa journée 4 800 épingles.

Mais s'ils avaient tous travaillé à part indépendamment les uns des autres, et s'ils n'avaient pas été façonnés à cette besogne particulière, chacun d'eux, assurément, n'eût pas fait vingt épingles, peut-être pas un seule, dans sa journée. (. A. Smith Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776


2- David Ricardo  (1772~1823)

Ouvrage de référence : Principes de l'économie politique et de l'impôt (1817)

    L'abstraction

D. Ricardo, homme d'affaires efficace, développe une analyse le plus souvent abstraite en ce sens qu'il se réfère non à des individus mais à des agents, (des propriétaires fonciers»...des salariés...)

D'autre  part il privilégie la méthode déductive, il pose un certain nombre d'hypothèses de fonctionnement de l'économie et raisonne ensuite dans ce cadre. Ceci n'exclut pas les exemples chiffrés mais ceux-ci ne sont que les illustrations d'une analyse générale préalable.

    La rente foncière

La rente des propriétaires fonciers tend à monter... En effet, dit Ricardo, à mesure que la population ou les besoins s'accroissent, les produits de la terre sont plus demandés.

Leur production ne peut cependant pas s'accroître proportionnellement aux nouvelles quantités de travail ou de capital fournies aux terres déjà cultivées.

La loi des rendements décroissants s'y oppose. Il faut donc, pour accroître la production, mettre en culture de nouvelles terres. Or celles-ci sont moins fertiles, car on suppose que les terres cultivées les premières étaient forcément les meilleures.

Dès lors, les denrées produites ont des coûts différents suivant les terres d'où elles viennent. Étant homogènes, elles ne peuvent cependant avoir qu'un seul prix de vente, et celui-ci est forcément déterminé par le coût sur la plus mauvaise terre;, sans cela, en effet, celle-ci ne serait pas mise en culture.

A mesure donc que la population ou les besoins s'accroissent, le prix des denrées tend à monter.

Pour les exploitants, cela devrait pouvoir entraîner des bénéfices différents suivant les terres qu'ils cultivent, mais les propriétaires ne le permettent pas: ils exigent en effet des exploitants des terres les meilleures une hausse des fermages, et les exploitants sont contraints par l concurrence à s'y résigner.

Ce sont donc des oisifs, les propriétaires fonciers, qui bénéficient du progrès, et leur bénéfice s'accroît à mesure que le progrès s'affirme.

La croissance continuelle mais imméritée des rentes paraissait à Ricardo un phénomène exceptionnel propre à la terre, phénomène lié à la différence entre les coûts de production (...).

La théorie des avantages comparatifs

L'analyse de Ricardo suppose les facteurs de production, travail et capital, immobiles. Seuls sont échangés entre pays des biens finals.

Si, ramenés en heures de travail, il faut 80 heures pour produire un tonneau de vin au Portugal, et 90 pour fabriquer une mesure de tissu, alors que les mêmes productions requièrent 120 heures et 100 heures respectivement en Angleterre, alors Ricardo montre que le Portugal a intérêt à se spécialiser dans la production du vin et l'Angleterre dans celle de la toile, c'est-à-dire dans le secteur où ils ont chacun un avantage relatif.

Bien sûr, si tous les capitaux pouvaient circuler librement, et s'il était possible de déplacer la main-d'œuvre à travers les frontières, il serait plus avantageux d'installer usines et vignobles au Portugal qui dispose d'un avantage absolu pour l'une et l'autre production.

Mais dès lors que les facteurs sont immobiles, un tel raisonnement est mis en défaut. Il n'est plus possible de déplacer les facteurs dans le pays le plus productif.

Par contre, la possibilité d'arbitrage sur les produits finis subsiste. Ainsi un Portugais qui possède un tonneau de vin peut obtenir 8/9 mesures de tissu chez lui, mais 1,2 (1201100) en Angleterre.

De même un producteur de tissu anglais peut obtenir davantage de vin en échange (100/80 tonneaux) en l'exportant au Portugal plutôt qu'en le vendant à des viticulteurs anglais (1001120 tonneaux).

Ce sont donc les écarts entre les prix relatifs du vin et du tissu qui créent les flux commerciaux et modèlent les échanges internationaux, en favorisant une spécialisation complète des pays dans la production du bien pour lequel ils sont relativement les mieux armés.

En outre, le commerce est profitable à tous: les Anglais bénéficient du vin portugais meilleur marché, et les Portugais peuvent acheter davantage avec leur production de vin.


3- Karl Marx (1818-1883)

Ouvrage de référence : Le Capital

Économiste, philosophe, homme d'action

Si Marx tient une place particulière dans la pensée économique c'est d'abord parce que ses analyses ont été le fondement théorique sur lequel se sont appuyées les révolutions des démocraties populaires en rupture avec l'organisation politique, économique et sociale des pays capitalistes.

Philosophe matérialiste, Marx donne une place centrale aux données économiques dans l'évolution des sociétés.

Pour l'essentiel, les structures économiques déterminent les rapports entre les classes sociales, classes sociales qui sont le moteur de l'histoire.

L'analyse marxiste, une critique vigoureuse du capitalisme

Le capitalisme aboutit à l'exploitation d'une classe (celle des propriétaires des moyens de production) sur une autre (les travailleurs).

Cette exploitation résulte de ce  que le profit des entrepreneurs provient d'un prélèvement sur la valeur créée par les travailleurs.

Le capitalisme repose donc sur un mode de répartition où une classe sociale en exploite une autre.

Parallèlement, le capitalisme induit une aliénation  croissante du travailleur, l'organisation du travail dans l'entreprise fait que le travail est extérieur à l'ouvrier... il ne s'affirme pas dans son travail; bien au contraire, il s'y renie.

Le travail à l'origine de la valeur des marchandises

Dix francs, c'est si l'on veut, le prix d'un cornet de glace, d'un camembert, de quelques milligrammes d'or ou d'un verre.

Pourquoi toutes ces marchandises ont-elles le même prix? C'est certainement qu'elles ont quelque chose en commun, mais quoi?

Ce n'est pas l'utilité que chacun y voit, puisque celle-ci varie d'un individu à l'autre, ce n'est pas le poids ce n'est pas non plus la couleur ni le volume, ni une quelconque propriété physique ou chimique.

Le point commun le plus évident, c'est qu'il a fallu, pour produire chaque marchandise, une certaine quantité de travail humain.

Si deux biens valent le même prix, ne serait-ce pas alors qu'il a fallu à peu près la même quantité de travail pour les produire?

Voyons cela de plus près. Pour fabriquer un camemberts, il faut, bien sûr, l'intervention de plusieurs ouvriers, mais il faut aussi du bois, qui permet de fabriquer l'emballage, et des machines grâce auxquelles l'ouvrier transforme le bois en boîtes.

Il faut donc autre chose que du travail, pourrait-on croire, il faut des «matières premières» et des machines, c'est-à-dire ce que l'on appelle du « capital » (...).

Mais poussons l'analyse un peu plus loin; comment le bois est-il devenu matière première pour la fabrication de l'emballage ?

Comment la machine a-t-elle été fabriquée?

Pour que ce bois arrive à l'usine de papier, il a fallu que des bûcherons, armés de tronçonneuses, exploitent une nouvelle forêt.

Pour fabriquer la machine (ou la tronçonneuse), il a fallu de la même façon, à une période antérieure, que des hommes exploitent des mines de charbon et de fer et utilisent d'autres outils de travail pour fabriquer de l'acier, puis la machine en question.

A chaque fois qu'intervient une machine, on est donc amené à examiner l'activité productrice dans la période qui précède et à retrouver toujours le travail humain, exploitant les richesses naturelles avec des outils de plus en plus simples au fur et à mesure que l'on remonte dans le temps. (...)

Toutefois, une seconde difficulté apparaît. (...) Les hommes n'ont pas tous la même capacité de travail, la même énergie, la même maîtrise de leur métier.

En une heure, chaque ouvrier ne produit donc pas la même quantité de pains, de briques, de boutons ou de transistors: la « productivité du travail » est différente d'un travailleur à l'autre.

Il serait donc absurde de mesurer la valeur d'échange d'une marchandise par le temps de travail qui a été effectivement dépensé pour la produire. (...)

Ce qu'il faut prendre en compte pour déterminer la valeur d'échange d'une marchandise n'est donc pas la quantité de travail individuellement nécessaire à sa production pour tel ou tel travailleur pris isolément, c'est la quantité de travail moyenne, nécessaire dans un certain état de développement des techniques et dans un état donné d'organisation du travail.

Nous dirons en abrégé: la quantité de travail socialement nécessaire. (...)

Le salaire: valeur de la force de travail

MM. Martin et Dupont ne vendent pas (comme l'artisan du Moyen Age) le produit de leur travail.

Ce que le propriétaire de l'entreprise achète, c'est leur capacité physique et intellectuelle à faire fonctionner une fraiseuse, une presse, une machine quelconque: c'est leur force de travail. (...)

Qu'est-ce alors que le salaire? C'est le moyen par lequel le propriétaire du capital achète cette marchandise particulière, la force de travail. Ce qu'il paie, c'est la force musculaire, l'énergie nerveuse et cérébrale, la qualification professionnelle des ouvriers: le salaire est le prix de la force de travail.

Nous savons comment est fixée la valeur d'une marchandise: par le temps moyen de travail nécessaire aujourd'hui à sa production.

Or, la force de travail d'un homme, c'est tout ce qui lui permet de revenir jour après jour, semaine après semaine, année après année, derrière sa machine, c'est la nourriture, le logement, les transports, c'est le coût de sa formation. (...) On voit donc bien que la force de travail est une

« marchandise ».

Le surtravail non de la plus-value

Pendant une première partie de sa journée de travail, l'ouvrier fournit l'équivalent, comme durée de travail, des marchandises qu'il consommera (...): il s'agit du temps de travail nécessaire à la reproduction de sa force de travail.

Pendant la partie qui reste, l'ouvrier crée d'autres marchandises qui appartiennent à l'entreprise, mais ce temps de travail ne lui est pas payé, puisqu'il a déjà produit dans la première partie de la journée l'équivalent de son salaire: c'est le «surtravail».

Quand l'entreprise vend les marchandises produites par ses ouvriers en une journée, elle récupère, d'une part, le coût des matières et l'équivalent des salaires qu'elle verse aux ouvriers; elle gagne, d'autre part, la valeur des marchandises produites pendant le «surtravail» non payé: c'est le profit ou plus-value.

Pour Marx, ce prélèvement de la plus-value du travailleur est en quelque sorte la condition d'existence des capitalistes.

Le capitalisme ne peut donc pas vivre sans l'exploitation des prolétaires. Les relations entre classes sociales ne peuvent être qu'antagonistes puisque les unes (capitalistes) n'existent que par l'exploitation des autres (prolétaires).

Marx à l'origine d'éléments importants de la pensée économique moderne.

Le caractère foncièrement hostile au capitalisme de l'analyse de Marx ne doit pas masquer son apport au point de vue des méthodes d'analyse des faits économiques.

Le type d'organisation économique qui nous paraît naturel n'est pas le seul possible. Les lois économiques doivent être situées historiquement car les sociétés changent et leur mode de fonctionnement se transforme (capitalisme de petites unités, capitalisme de groupe).

Les différents aspects de la vie sociale interfèrent si fortement les uns sur les autres qu'une approche véritablement explicative doit intégrer données économiques et sociales.

D'autre part, l'hypothèse d'égalité de force entre les agents qui domine la pensée libérale, ne permet pas de rendre compte du fonctionnement réel de nos sociétés car celui-ci est marqué par les rapports de force.

Des auteurs majeurs ont repris ces idées sans pour autant adhérer à l'analyse anticapitaliste de Marx.

Ainsi, le Français F. Perroux insiste sur « les effets de domination » entre les agents, entre les pays, sur les effets de structure tout en défendant l'économie de marché.


4- Léon WALRAS (1834 - 1910)  

Le Français Léon Walras enseigna à Lausanne. L'analyse walrassienne est encore aujourd'hui le fondement de l'approche néoclassique qui s'oppose à la fois aux théories marxistes et aux analyses keynésiennes. Les "Éléments d'économie politique pure", paru (entre 1874 et 1877), est considéré comme l'ouvrage essentiel de Walras.

L'utilité rareté

Dans son œuvre le mot «utilité» désigna la simple aptitude d'une chose à satisfaire un besoin quelconque.

Concept absolument neutre, indépendant du jugement porté sur ce besoin au point de vue moral, politique ou social: «Je dis que les choses sont utiles, écrivit-il, dès qu'elles peuvent répondre à un besoin quelconque et en permettre la satisfaction.

Ainsi il n'y a pas à s'occuper ici des nuances par lesquelles on classe, dans la conversation courante, l'utile à côté de l'agréable, entre le nécessaire et le superflu.

Nécessaire, utile, agréable et superflu: tout cela, pour nous, est seulement plus ou moins utile. Il n'y a pas davantage à tenir compte ici de la moralité ou de l'immoralité du besoin auquel répond la chose utile...

Qu'une substance soit recherchée par un médecin pour guérir un malade ou par un assassin pour empoisonner sa famille, c'est une question très importante à d'autres points de vue, mais tout à fait indifférente au nôtre. La substance est utile pour nous dans les deux cas, et peut l'être plus dans le second que dans le premier. »

Pour Walras, l'utilité et la rareté furent deux notions absolument inséparables. Raisonnant sur l'intensité du dernier besoin satisfait (...) Walras admit tout naturellement que toute chose devient subjectivement moins utile à mesure qu'elle est plus abondante, puisqu'elle ne peut plus satisfaire que des besoins d'intensité décroissante. (...)

La formation des prix en situation de concurrence pure et parfaite

Pour des marchandises non divisibles, Walras crut pouvoir représenter l'utilité progressivement décroissante de chacune des unités par des marches successives d'escalier, et pour des marchandises indéfiniment divisibles, par une courbe décroissante à peu près continue.

Mais au-delà de la théorie de l'utilité-rareté, le vrai problème était de savoir à quel niveau le prix s'établit sur le marché.

Tout le raisonnement de Walras à cet égard reposa sur quelques principes généraux: la demande est fonction du prix; elle diminue à mesure que le prix augmente ou inversement; le prix s'établit à un niveau tel que la demande et l'offre s'équilibrent.

De façon plus précise, pour Walras l'équilibre s'établit grâce à des mouvements de la demande ou du prix; l'offre au contraire ne peut pas être prise en considération.

En effet, Walras ne construisait qu'une théorie du prix instantané; or parler d'adaptation de l'offre eût été faire intervenir la possibilité de modifications de la production et de ses structures, c'est-à-dire se placer dans une longue période de temps. (...)

Walras considéra d'abord une situation de concurrence parfaite, et ne parla du monopole qu'à la fin de ses Éléments.

Mais il prit bien soin dès le début de rappeler qu'il entendait par concurrence parfaite un état purement hypothétique, qu'il décrivit de la façon suivante:  « Les marchés les mieux organisés sous le rapport de la concurrence sont ceux où les ventes et les achats se font à la criée, par l'intermédiaire d'agents tels qu'agents de change, courtiers de commerce, crieurs, qui les centralisent, de telle sorte qu'aucun échange n'a lieu sans que les conditions en soient annoncées et connues, et que les vendeurs puissent aller au rabais et les acheteurs à l'enchère.

Ainsi fonctionnent les Bourses de fonds publics, les Bourses de commerce, les marchés aux grains, au poisson, etc.

«A côté de ces marchés, il y en a d'autres où la concurrence, quoique moins bien réglée, fonctionne encore d'une façon assez convenable et satisfaisante; tels sont les marchés aux fruits, aux légumes.

Les rues d'une ville où se trouvent des magasins et des boutiques de boulangers, de bouchers, d'épiciers, de tailleurs, de bottiers, sont des marchés d'une organisation un peu plus défectueuse sous le rapport de la concurrence, mais où cependant elle se fait très suffisamment sentir.

C'est encore la concurrence qui incontestablement préside à la fixation de la valeur des consultations de médecins et d'avocats, des séances de musiciens et de chanteurs.

La démarche de l'économie pure

« Nous supposerons toujours un marché parfaitement organisé sous le rapport de la concurrence, comme, en mécanique pure, on suppose d'abord des machines sans frottement.»

Ainsi Walras définissait la concurrence contrairement à la coutume de son temps, sans faire appel à la notion de liberté; il savait que le régime juridique de liberté n'était pas suffisant pour assurer le maintien de l'état de concurrence.


Et voici comment il décrivit le fonctionnement d'un tel marché: pour une marchandise homogène, il ne peut y avoir à un moment donné, sur un marché soumis à la concurrence parfaite, qu'un seul prix; ce prix est déterminé, et s'établit au niveau où l'offre et la demande parviennent à s'égaliser.

De notre temps nous représentons très simplement ce mécanisme par un graphique sur lequel, les prix étant portés en abscisses et les quantités en ordonnées, une courbe de la demande, descendante, exprime les quantités demandées à chaque prix éventuel, et une courbe de l'offre, ascendante, indique les quantités offertes à chaque prix éventuel; les courbes se rapprochent d'autant plus de la verticale que l'offre ou la demande sont plus élastiques; le niveau du prix effectif est indiqué par le point d'intersection de deux courbes.

Théorie de l'équilibre économique général

« Plusieurs marchandises étant données..., pour qu'il y ait équilibre du marché à leur égard..., il faut et il suffit qu'à ces prix (le prix de ces marchandises en numéraire) la demande effective de chaque marchandise soit égale à son offre effective.

Lorsque cette égalité n'existe pas, il faut, pour arriver au prix d'équilibre, une hausse du prix des marchandises dont la demande effective est supérieure à l'offre effective, et une baisse du prix des autres. »

Cette formule vaut beaucoup mieux que la loi de l'offre et de la demande, car Walras disait ainsi que l'offre et la demande sont fonction du prix, et indiquait sa croyance à l'interdépendance de tous les marchés.

L'étude de la formation des prix ne fut cependant qu'un point de départ. Ce qu'il y a de plus original dans Walras, c'est sa conception de l'équilibre général.

Il pensait profondément que l'activité économique constituait une sorte de mécanisme fait d'éléments interdépendants et s'articulant les uns sur les autres. Les prix touchés sur un marché étaient des sources de revenus utilisables ailleurs comme pouvoirs d'achat.

Dès lors il lui semblait que dans certaines conditions un certain équilibre devait s'établir entre toutes les variables économiques, c'est-à-dire entre les prix de tous les produits et facteurs de la production et les quantités de ces produits et facteurs.

Dans tout système économique, il y a trois séries de marchés, articulés les uns par rapport aux autres grâce à des personnages appelés "entrepreneurs".

Les premiers sont les marchés des produits. Les seconds sont ceux des services producteurs; ces services sont au nombre de trois: ceux provenant de l'homme et consistant en travail, ceux provenant des capitaux mobiliers, et ceux provenant de la terre.

Pour Walras l'entrepreneur est celui qui, placé entre le marché des services producteurs et celui des produits, court le risque de ne rien toucher si le prix des produits n'est pas supérieur à celui des services producteurs, ou même de perdre si le second de ces prix dépasse le premier; en revanche l'entrepreneur peut toucher théoriquement des bénéfices considérables si le premier dépasse de beaucoup le second.

Pour Walras, il existait enfin une troisième catégorie de marchés, les marchés des capitaux.

Il présenta donc l'activité économique comme résultant du jeu de trois séries de marchés: marchés des produits, marchés des services producteurs et marchés des capitaux.

L'équilibre économique, pensa Walras, exige que sur chacun d'eux l'offre et la demande s'égalisent par un mouvement des prix.

Il exige aussi que, ces marchés étant interdépendants les uns des autres à la manière des vases communicants, aucun mouvement des prix ne puisse se produire sur l'un d'eux sans se répercuter sur les autres, ou sans être contenu sur le premier de ces marchés en raison des résistances auxquelles se heurte sa répercussion sur les autres.

C'est l'entrepreneur qui est l'agent de réalisation de l'équilibre entre les marchés.

Or, pensait Walras, il y a un cas où cet équilibre se réalise forcément, c'est celui où l'on se trouve en présence d'une économie statique- et en situation de concurrence parfaite.

Sans doute, l'analyse de Walras paraît confirmer les thèses classiques sur l'harmonie entre coût et prix, et accepter qu'un état de concurrence suffirait à assurer automatiquement le maximum possible de satisfaction.

Il y a pourtant entre la théorie classique et celle de Walras une différence essentielle: c'est que les disciples de Smith avaient fini par croire que l'état de concurrence était en fait réalisé...

Walras savait que notre monde actuel n'est pas conforme à cet idéal et que le laisser-faire à lui seul est incapable de réaliser la concurrence.


L. WALRAS A L'ORIGINE DE LA PENSÉE NÉOCLASSIQUE ACTUELLE

Économie néoclassique, économie walrassienne

Walras a profondément marqué la pensée économique au point que l'on utilise l'expression « économie walrassienne» comme équivalent d'analyse néoclassique .

Le rejet de la valeur travail et l'analyse à la marge

Les néoclassiques rejettent la valeur travail adoptée par les classiques.

Ce qui fait la valeur d'un bien du point de vue économique c'est l'appréciation que porte un individu sur son utilité.

L'utilité des biens retenue ne constitue pas une propriété objective des choses mais dépend de la quantité de ce bien dont dispose un individu donné: plus il possède une quantité importante, plus l'utilité qu'il retire de l'acquisition d'une unité supplémentaire sera faible.

En d'autres termes, L'utilité marginale (c'est-à-dire celle de la dernière unité acquise) est décroissante. Illustrons notre propos en citant l'exemple choisi par Wilfredo Pareto:

« Parler sans plus de la valeur d'usage  de l'eau n'a pas de sens; il ne suffit pas d'ajouter, comme nous venons de le voir, que cette valeur d'usage est relative à un certain homme, elle est différente suivant que cet homme meurt de soif, ou qu'il a déjà bu autant qu'il le désirait. Pour être plus précis, il faut parler de la valeur d'usage d'une certaine quantité d'eau venant s'ajouter à une quantité connue déjà consommée».

La concurrence pure et parfaite conduit à l'optimum économique

A la suite de Walras, les néoclassiques vont chercher à montrer que la concurrence pure et parfaite conduit à l'optimum économique au sens de Pareto c'est-à-dire à une situation où aucun participant ne peut améliorer sa situation sans que ceci se traduise par une détérioration de la situation d'un autre participant à l'échange.

Les néoclassiques en déduisent que la situation de concurrence est la meilleure possible et qu'il faut donc tendre à l'atteindre par tous les moyens.

L'agrégation des comportements micro économiques

Outre les hypothèses relatives au modèle de concurrence pure et parfaite, les néoclassiques supposent que les données macro-économiques peuvent être connues en généralisant ce que l'on constate au niveau micro-économique.


La tendance à l'autorégulation

Pour les économistes néoclassiques, l'économie a tendance à s'autoréguler, c'est-à-dire à tendre vers des situations où l'offre égale la demande.

Si pour une raison ou une autre on s'éloigne de cette situation, des mécanismes spontanés tendent à rétablir la situation d'équilibre.

Ainsi, dans le cas des prix, si l'offre est supérieure à la demande, les prix ont tendance à baisser, ce qui accroît la demande et rétablit donc l'équilibre.

La défense du capitalisme

Il existe deux facteurs de production (trois si on inclut le progrès technique), ce sont le capital et le travail. Chacun de ces facteurs contribue pour sa part à la production de marchandise.

Le salaire est la rémunération du facteur travail, le profit celle du capital (et de l'activité d'entreprise).

Chacun de ces facteurs est rémunéré en situation de concurrence à sa productivité marginale, le mode de répartition en économie de marché est donc juste; comme la concurrence permet aussi l'optimum économique, c'est le meilleur type d'organisation possible.

Les néoclassiques reconnaissent, bien sûr, qu'il existe des écarts entre les marchés réels et leur modèle de référence, néanmoins leur conclusion reste la même: il faut créer les conditions permettant aux économies réelles de se rapprocher le plus possible du modèle théorique de la concurrence pure et parfaite puisqu'il s'agit d'une situation optimale.


5- John Maynard Keynes (1883 - 1946)

Théorie génerale do l'emploi de l'intérêt et de la monnaie, 1936.

Une approche macro-économique et en termes de circuit

Keynes a centré ses travaux sur la courte période. Il étudie les mécanismes à l'origine du sous-emploi et les politiques susceptibles d'éviter le chômage dans le cadre d'une société capitaliste.

Alors que les néoclassiques raisonnent d'abord en termes micro-économiques (analyse du comportement d'un travailleur, d'une entreprise...) et supposent que le résultat global est la somme des comportements individuels, Keynes insiste sur la nécessité d'une approche macro-économique et en termes de circuit.

Nous avons donné à notre théorie le nom de «théorie générale».

Par là nous avons voulu marquer que nous avions principalement en vue le fonctionnement du système économique pris dans son ensemble, que nous envisagions les revenus globaux, les profits globaux/ la production globale, l'emploi global, l'investissement global et l'épargne globale bien plus que les revenus, les profits, la production, L'emploi, l'investissement et l'épargne d'industries, d'entreprises ou d'individus considérés isolément. Et nous prétendons qu'on a commis des erreurs graves en étendant au système pris dans son ensemble des conclusions qui avaient été correctement établies en considération d'une seule partie du système prise isolément.

Cette approche outre son intérêt du point de vue théorique a été à l'origine du développement des comptabilités nationales après 1945.

De la contestation de la loi J.-B. Say...

Keynes va s'opposer aux économistes néoclassiques sur de nombreux points. En particulier, il conteste la loi classique de J.-B. Say reprise par les néoclassiques. Pour Keynes, il n'est pas vrai que «c'est la production qui assure des débouchés aux produits

Un des arguments essentiels invoqués par Keynes est que l'on ne peut espérer un ajustement automatique entre production et revenu, revenu et demande.

Ainsi par exemple une partie de l'épargne peut être thésaurisée donc retirée du circuit économique.

Les décisions d'épargne et d'investissement sont largement autonomes l'une par rapport à l'autre et n'ont donc aucune raison de s'ajuster spontanément.

La critique de la loi de J.-B. Say met en cause un des fondements de l'analyse néoclassique. En effet, le déséquilibre entre offre et demande devient non seulement possible mais hautement probable à un moment ou à un autre de l'évolution économique.

Le niveau de la demande qui était la résultante et le reflet des conditions de l'offre pour les néoclassiques devient un élément actif et moteur dans l'analyse keynésienne.

Au rôle central de la demande effective

La demande effective est le concept fondamental de Keynes.

Pour Keynes les entrepreneurs anticipent à la fois ce que les consommateurs vont décider de consacrer à leur consommation et ce que les entreprises et l'État vont décider d'investir.

Ces deux composantes de la demande (biens de consommation et biens de production) constituent la «demande effective c'est-à-dire la demande anticipée par les entrepreneurs.

Comme les entrepreneurs ne produisent que ce qu'ils espèrent vendre, L'offre va s'ajuster à cette demande anticipée; le niveau d'emploi effectif est alors celui qui permet de réaliser la production correspondant à la demande effective. Il peut ne pas correspondre au plein emploi.

Le rôle actif des entrepreneurs

Pour Keynes, l'entrepreneur joue un rôle actif. C'est lui qui fixe le niveau de production, les techniques adoptées et donc le niveau de l'emploi. Les décisions des entrepreneurs doivent prendre en compte l'évolution technique et économique future, mais celle-ci est pour partie au moins inconnue.

Cette incertitude réduit le déterminisme des décisions et accroît le rôle actif de l'entrepreneur. Si Keynes étudie les facteurs rationnels qui influencent l'entrepreneur, il insiste aussi sur le caractère partiellement irrationnel de ces choix, qui font de l'économie autre chose qu'une simple réalité mathématisable.

Par ailleurs pour Keynes, il faut non seulement prendre en compte les anticipations mais aussi des délais de réaction.

L'intervention de l'État

Parce que la «demande effective est au cœur des décisions de production et du niveau de l'emploi, parce qu'il n'existe pas de mécanismes autorégulateurs automatiques comme le pensent les néoclassiques, l'État doit intervenir pour soutenir et régulariser l'activité économique.

L'État doit stimuler la demande en agissant sur ses composantes: demande de biens de consommation demande de biens d'équipement.

Pour ce faire l'État dispose de multiples moyens: créations d'emplois publics (qui permettent entre autres d'améliorer le bien-être social), baisse des taux d'intérêt qui stimule à la fois les investissements privés, la demande de biens de consommation et les investissements publics...

Si l'État, lorsque la demande est défaillante peut avoir une action efficace c'est aussi parce qu'il existe des mécanismes multiplicateurs qui amplifient dans de nombreux cas l'effet des décisions de l'État et accroissent donc l'intérêt économique de telles interventions.

Keynes, par contre, est défavorable aux nationalisations, « l'État n'a pas intérêt à se charger de la propriété des moyens de production. (...)

Le seul véritable instrument de lutte contre l'inflation dans l'analyse keynésienne est la politique des revenus inséparable du développement d'un véritable consensus social.

Cette inflation est d'ailleurs d'autant moins importante que l'appareil productif est capable de réagir positivement aux variations de la demande et que le pays est peu contraint par rapport à l'extérieur.

On ne s'étonnera pas, dans cette optique, que les keynésiens actuels préconisent la mise en place de politiques industrielles actives susceptibles de réduire la dépendance extérieure et les rigidités de l'appareil de production.

La monnaie n'est pas neutre

Pour Keynes la monnaie  n'est pas neutre, en ce sens que l'accroissement des quantités de monnaie n'influence pas seulement le niveau des prix mais également le niveau de la production.


V. QUESTIONS

1- D'après le schéma "objet de la science économique", où situeriez- vous les problèmes relatifs au marché commun ? à la recherche du plein emploi ?

2- d'après le schéma "nature de l'activité économique",

- quelle est la nature des biens intégrés par les services ?

- A votre avis, que représentent les "placements financiers" dans les choix économiques des producteurs ?

3- Connaissez vous un pays dans lequel est appliquée une politique "malthusianiste" orchestrée par l'Etat ? Dans l'affirmatif, en quoi consiste cette politique ?

4- Dans le texte de Ludwig Von Mises,

- Qu'entend- t- on par "lois du marché"?

- Pensez- vous que le développement d'une "technostructure est compatible avec les principes démocratiques ? Justifiez votre réponse.

- En quoi le droit à l'éducation, au travail, à la Sécurité Sociale, sont- ils des "créances sur la société"?

5- D'après D. Ricardo, dans le cadre des échanges internationaux, un pays doit échanger les biens pour lesquels il possède un "avantage comparatif" par rapport à ses concurrents.

Dans les échanges entres pays développés et pays qui le sont moins, ce sont les biens fabriqués et exportés par les pays développés qui intégrent le % le plus élevé de frais de main- d'œuvre.

- exposez la différence entre un avantage absolu et un avantage relatif en vous servant d'exemples;

- à votre avis, est- ce au niveau des coûts salariaux que les pays développés ont un avantage comparatif par rapport aux pays en voie de développement ? Cela contredit- il la thèse de Ricardo ?