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''Connaissance pour tous ''
LA POLITIQUE DU PLEIN l'EMPLOI DANS UNE CROISSANCE MODÉRÉE
I - EXPLOITER AU MIEUX LES POSSIBILITÉS
DE LA CROISSANCE.
a - Approche quantitative.
b - Approche qualitative..
1. Abaissement de l'âge de la retraite.
2. développement de l'emploi à temps partiel.
3. ralentissement de l'immigration..
4. Attribution d'un salaire aux femmes au foyer.
LA
POLITIQUE DU PLEIN EMPLOI DANS UNE CROISSANCE MODEREE
Il
faut, au premier abord, éliminer les politiques à courte vue qui viseraient à
effacer les symptômes du chômage sans supprimer ses causes, en retardant les
adaptations structurelles de l'appareil de production.
L'obtention
du taux de croissance le plus élevé possible est la garantie première pour
l'emploi.
Les projections de l'INSEE sur les taux de croissance à
venir laissent ouvertes les
probabilités de forts taux de chômage.
Une
double réflexion doit être conduite sur les moyens de créer le plus grand
nombre d'emplois répondant au double critère de la quantité et de la qualité.
A - Approche quantitative
Créer
le plus grand nombre d'emplois possible, suppose une attentive réflexion sur la
politique d'investissements qui doit être poursuivie.
Malgré
la constatation statistique du déclin relatif de l'emploi industriel, une
relance de l'investissement industriel, par ses effets induits sur la
compétitivité économique et sur les créations d'emplois associés dans le
secteur tertiaire, reste une condition essentielle mais qui appelle toutefois
un certain nombre de précautions :
a) D'abord, et les expériences
françaises des plans de relance de 1975 et 1981 sont là pour l'attester, une
situation de l'investissement dans un contexte de débouchés incertains, au plan
de la demande effective, peut engendrer un processus de rationalisation des
capacités de production avec des risques de réductions d'emplois et d'effets
démultiplicateurs par diminution des revenus distribués.
Il
faut donc vérifier, dans la réalisation des investissements nouveaux, l'effet induit qu'ils
doivent avoir sur l'emploi.
C'est
un exercice possible à partir des fonctions de production à génération de capital et des cycles de
productivité tels qu'ils sont par exemple formalisés dans le modèle DMS de
l'INSEE (Modèle Dynamique Multi
Sectoriel)
Dans
ce modèle, chaque génération de capital est caractérisée par sa capacité de
production à une certaine date et est associée au volume d'emplois
correspondant aux conditions de productivité
du travail et du capital.
Il
faut aussi réexaminer les avantages dont bénéficient habituellement les
investissements en capital par rapport aux investissements en travail que
représentent le recrutement de nouveaux travailleurs.
Le
groupe de travail sur les perspectives et la politique de l'emploi du VIIème
plan avait déjà remarqué que "le coût relatif du capital s'est trouvé
abaissé du fait, principalement, de dispositions fiscales et des effets de
l'inflation sur les conditions de crédit extérieures, alors que les charges
pesant sur les salaires ont eu tendance à s'accroître.
Faussant
les règles du calcul économique, cette concurrence doit être corrigée en
agissant à titre principal sur le coût relatif du capital.
On
peut se poser la question de savoir si les entreprises faisant un chiffre
d'affaires important avec un "petit nombre de bras" sont vraiment
plus précieuses à la collectivité que celles qui font vivre un nombre important
de familles.
Certains
suggèrent que "l'impôt sur l'emploi" que représentent les cotisations
sociales, soit progressivement transféré sur la TVA (par exemple).
On
voit les difficultés que soulèvent ces propositions. L'investissement dit
"de productivité" dont ont parfois abusé les entreprises, dans la
mesure où il visait surtout à "économiser de la main-d'œuvre" par un
suréquipement capitalistique, doit être distingué de l'investissement dit de
"capacité" qui, à terme, est producteur d'emplois nouveaux.
Mais
comment réaliser cette distinction, difficile et délicate, en pratique ?
Le
transfert vers l'état des charges du travail permet apparemment d'éviter sans
inflation l'aggravation du chômage. Mais ce processus débouche sur un dilemme
que J. ATTALI exposait dans un article du Monde ("Vers la socialisation du
travail" 9 octobre 1975) "une fois atteintes les limites de
l'endettement public, le rétablissement du plein emploi exigerait que la
collectivité choisisse entre lever des impôts nouveaux et réduire le niveau des
équipements collectifs. A niveau de fiscalité et nature de l'investissement
productif inchangés, la baisse de qualité des services publics serait donc le
prix à payer pour empêcher l'aggravation du chômage. Or le développement des
équipements collectifs est probablement l'une des conditions de base de
la"nouvelle croissance".
Enfin
la modification des prix relatifs du capital et du travail pourrait entraîner
une suite d'effets contradictoire.
Supprimer
les aides fiscales au capital et relever son taux d'intérêt réel entraîneraient
une baisse de l'investissement capitalistique qui pourrait entraîner une baisse
de la compétitivité, donc de l'emploi;
Ralentir
la progression du coût réel du travail entraînerait en revanche un déplacement
du revenu national des salaires vers les profits, favorisant l'accumulation
capitalistique, mais diminuant les débouchés des industries de consommation,
donc les commandes aux industries d'équipement, alors même que le potentiel de
production a été accru par l'accumulation capitalistique.
La
France s'est cependant engagée dans la voie du rééquilibrage des avantages en
faveur du travail, notamment par la mise en œuvre des Pactes Nationaux pour
l'Emploi,
b) L'effort en faveur de
l'investissement industriel ne doit d'autre part occulter :
-
ni l'évidente nécessité pour la croissance et pour l'emploi des investissements
collectifs, des investissements "intellectuels" ou des
investissements agricoles dont le sacrifice serait désastreux.
-
ni la révision du modèle traditionnel de développement industriel. (A. SAUVY
notait qu'en consommant largement, disons même en gaspillant des ressources,
qui peuvent manquer demain, les pays occidentaux détruisent des emplois dans le
futur sans en créer dans le présent").
B- Approche qualitative
Créer
des emplois qui seraient les plus "efficaces" possibles
suppose une attentive réflexion sur
la meilleure manière de conduire les "restructurations" et de développer la "mobilité" qui font
parfois l'objet d'assertions trop sommaires.
Il faut tenir compte du fait que
l'augmentation des emplois offerts n'entraîne pas nécessairement une diminution
des chômeurs constatés mais la révélation d'un sous-emploi latent qui ne trouvait pas à s'exprimer dans l'état
antérieur du marché du travail. La "variabilité" du taux d'activité
des jeunes, des personnes âgées ou des femmes est à cet égard significative.
Il faut aussi tenir compte du fait
qu'une restructuration trop brutale qui impose un reclassement important de
certains actifs en même temps qu'elle ouvre des perspectives pour de nouveaux
emplois accélère et amplifie parfois le rythme de passage dans le chômage. Une
excessive mobilité peut avoir des effets pervers sur le taux de chômage.
C'est pourquoi il faut prêter
attention aux propositions que développe par exemple R. SALAIS en faveur d'une
réduction des suppressions d'emplois et d'une stabilisation de la main-d'œuvre
lorsqu'il écrit "l'emploi efficace doit rétablir les critères structurels
d'une allocation optimale de la main-d'œuvre par le biais de la mobilité
volontaire sur la marché du travail : critères de transférabilité des qualifications,
critères de reconversion interne sur la base du potentiel de main-d'œuvre
minimisent les suppressions d'emplois.
A la fin de son ouvrage "vaincre
la pauvreté dans les pays riches" Lionel STOLERU examinait les conditions
de la "croissance modérée à plein emploi".
Il suggérait d'explorer deux voies :
"modérer la demande" et "modérer l'offre", et il admettait
que cette seconde voie était la plus difficile, car il n'est pas possible, selon
lui, "de modérer l'offre en respectant le plein emploi dans la définition
actuelle du plein emploi". Aussi ne voyait-il d'espoir de solution que
dans une mutation progressive des habitudes sociales où "certaines
personnes s'intégreraient dans la société en se satisfaisant d'un revenu
moindre, mais avec une quantité de travail qui serait moindre". Ainsi
proposait-il d'étudier la possibilité de modifier le régime des heures
supplémentaires, de développer l'emploi à temps partiel, de supprimer les
cloisonnements existant entre les études, la vie active et la retraite, et
d'estomper les différences entre travail et non travail.
Le groupe de travail sur les
perspectives et la politique de l'emploi du VIIème Plan a systématiquement
étudié les améliorations à attendre à court ou moyen terme des politiques
visant à modifier les comportements ou l'étendue de l'activité. Il est arrivé à
une conclusion teinté de fort scepticisme : Les effets de ces diverses mesures sont d'une part loin d'être ceux que
l'on pourrait attendre d'un calcul arithmétique global, et la plupart de ces
politiques ont des conséquences ambiguës ou une portée limitée.
On peut en réalité distinguer un
débat central qui concerne la réduction de la durée du travail et les autres
débats.
1) Le débat sur la réduction de la durée du travail
Il
doit être traité avec
objectivité. En termes d'emploi on attend logiquement de la réduction du temps
de travail des personnes en activité la possibilité de proposer des emplois à
des personnes qui n'en ont pas, sur la base d'un raisonnement arithmétique
élémentaire. Au plan économique les choses ne sont pas aussi simples.
Il faut d'abord noter qu'une
réduction de la durée du travail est compensée
partiellement par une augmentation de la productivité du travail restant,
de telle sorte que les heures travaillées en moins ne s'additionnent pas pour
être ensuite réparties en créations d'emplois nouveaux.
Il faut ensuite étudier sérieusement
les effets d'une réduction de la durée du travail sur la production et sur les
coûts.
S'agissant des effets sur la production, il faut apprécier la manière que les
entreprises choisissent pour compenser la différence entre l'augmentation de la
productivité du travail restant et la diminution de la durée totale du travail.
Elles peuvent choisir non pas une embauche supplémentaire mais une meilleure
utilisation de l'équipement existant et une amélioration des combinaisons
productives.
Les enquêtes de l'INSEE ont montré
que la réduction de la durée du travail en 1968-1969 n'avait entraîné
d'augmentation des rendements que dans une entreprise sur deux.
D'autre part, l'expérience de la loi
des 40 heures de 1936, a bien montré les limites de ce genre d'exercice : une
baisse trop forte, et trop uniforme, entraîne un blocage de la production et
donc de l'emploi.
S'agissant des effets sur les coûts, il faut évidemment distinguer selon que la
réduction de la durée du travail est ou non assortie d'une compensation
salariale.
Si les salaires ne sont pas réduits
malgré la réduction de la durée du travail, le coût du travail augmentera, les
profits et les investissements, donc la production, risqueront de régresser,
dans le même temps où la demande effective se maintiendra. C'est donc la
production extérieure qui risquera de bénéficier d'une demande interne que la
production interne ne pourra satisfaire. A moins qu'une issue en soit
recherchée dans la hausse des prix qui annulera l'apparent avantage salarial et
mettra en cause la compétitivité économique nationale et à terme l'emploi
national.
L'INSEE a testé sur le modèle DMS et
sur le modèle le METRIC (Modèle Economique Trimestriel de la Conjoncture), les
effets possibles d'une réduction d'une heure de la durée hebdomadaire du
travail pour les entreprises non financières et non agricoles, selon, que cette
réduction s'accompagne ou non d'une perte de capacité de production. Ses
conclusions sont que cette thérapeutique n'a pas d'effets immédiats ni
totalement bénéfiques. L'impact est plutôt favorable à l'emploi dans l'ensemble
mais avec un risque important de dérapage des prix et de déficit extérieur.
2) Les autres débats
Ils ne peuvent être qu'esquissés
rapidement.
- L'abaissement de l'âge de la retraite risquerait de provoquer dans
certains secteurs des difficultés, les emplois libérés ne seraient pas
immédiatement pourvus dans leur intégralité, et la charge sociale pesant sur la
population active risquerait de s'accroître.
- Le développement de l'emploi à temps partiel intéresserait assez
peu les actifs déjà occupés, mais pourrait en revanche révéler un sous-emploi latent en permettant notamment de mobiliser
par exemple une main-d'œuvre féminine inemployée.
- Le ralentissement de l'immigration n'entraînerait pas non plus
immédiatement d'amélioration au niveau de l'emploi national. Les postes qui
seraient ainsi libérés sont en réalité
assortis de conditions de travail et de rémunération telles qu'il faudrait d'abord les revaloriser
profondément pour substituer la main-d'œuvre nationale à la main-d'œuvre
immigrée.
- L'attribution
d'un salaire aux femmes au foyer, outre qu'elle serait très onéreuse pour
être effectivement incitative, serait d'une efficacité incertaine dans la
mesure où le désir d'emploi des femmes semble surtout motivé par une volonté
croissante de participation à l'activité socio-économique nationale.
- Une autre manière de gérer le chômage: Avant la réforme du système des "allocations de
chômage", des abus étaient enregistrés.
Ainsi, une personne se trouvant en
situation de licenciement économique , pouvait bénéficier d'une année de
salaire si elle s'engageait à suivre, pendant cette période, une formation.
Ce système aurait sans doute profité
à l'économie si de véritables formations de qualification avaient été
entreprises.
La réalité des faits, par
insuffisance des structures de formation et par laxisme des autorités, est que
l'on pouvait bénéficier de ces prestations en suivant, par exemple, trois
heures de cours par semaine...
On comprend que, dans ces conditions,
certains aient préféré s'accorder une année sabbatique plutôt que de rechercher
un emploi.
Le passage d'une rémunération pleine
sur une année à celui de la rémunération dégressive a résolu ce type de
problème.
Il en a généré un plus grave: les
personnes ont beau rechercher activement un travail, ils n'en trouvent pas. Cet
état de fait explique la radicalisation politique que connaît la France, à
droite de son échiquier politique.
Le Canada a expérimenté, dés la fin
de l'année 1977, un système consistant, au lieu de verser des allocations de
chômage total à un certain pourcentage de travailleurs licenciés, à maintenir
tous les travailleurs en poste mais en les faisant travailler moins et en leur versant à tous une indemnité
compensatrice complémentaire. Ainsi les entreprises économiseraient des frais
de formation et les travailleurs conserveraient leur statut social.
La Belgique, la Grande-Bretagne et
Allemagne ont expérimenté un système consistant à créer des "emplois
temporaires" notamment dans les services sociaux et dans les services
d'intérêt collectif, financés grâce à une partie des allocations de chômage.
C'est ce système que l'on tente d'instaurer en France pour mettre un terme à la
coexistence scandaleuse de chômeurs et d'emplois collectifs non pourvus dans le
secteur non marchand des sociétés industrielles qui n'est pris en charge, ni
par le marché, ni par l'administration.
La France est entrée timidement dans
cette voie au début de l'année 1979 avec les aides aux emplois d'utilité
collective" réservés aux chômeurs.
Depuis, des progrès ont été réalisés
par l'instauration des TUC (travaux d'utilité collective). Les emplois restent
trop souvent précaires, sans déboucher suffisamment sur des contrats de
travail, la nature des travaux proposés aux bénéficiaires de TUC ne suscite
généralement pas l'intérêt des jeunes gens qui les exercent. C'est entre autres
pour cette raison que les TUC ont laissé la place à de nouvelles formes de
contrats.
En conclusion, on constate que la
politique à mettre en œuvre pour assurer le plein emploi dans une perspective
longue de croissance ralentie pose de sérieuses difficultés. Du moins peut-on
essayer de distinguer entre certaines mesures à effet relativement proche, et
certaines mutations plus longues qui viseraient à adapter la société à une
croissance moins "énervée".
- A relativement court terme, il ne faut pas nourrir d'illusions
excessives vis-à-vis des mesures du type de celles qu'explorait le groupe de
travail sur l'emploi pour aménager la charge de travail prévisible.
Sans doute faut-il revoir la forme
systématique accordée aux investissements capitalistes. Il faut toutefois
prendre garde de ne pas avantager, sous ce prétexte, des activités
"régressives".
La vraie solution est le "redéploiement en avant" vers des
investissements qui sont à la fois efficaces et à fort contenu de main-d'œuvre,
comme le furent de 1959 à 1969 la construction mécanique et électrique,
l'automobile ou la chimie. C'est en ces termes que se posent le
"sauvetage" de certains secteurs textiles dépassés par la nouvelle
division internationale du travail, ou la "promotion" de secteurs
d'avenir comme la mécanique ou l'électronique. Une politique sélective des
investissements, assortie d'une politique
de formation et de reconversion professionnelle résout dynamiquement
l'apparente contradiction entre efficacité et emploi.
Sans doute aussi faudra-t-il atténuer
les séparations socio-économiques qui accusent la distinction entre emplois
dits "intellectuels" ou "nobles" où sévit le chômage des
"cols blancs", et des emplois "manuels" où sévit au
contraire la pénurie. La revalorisation
du travail manuel résoudrait sans doute non seulement un problème
économique, mais aussi un problème social dont témoigne par exemple la
disparition des "compagnonnages" d'antan.
- A plus long terme, c'est une manière de vivre que l'affrontement d'une
croissance ralentie devrait transformer. Un apaisement et une égalisation
des rythmes de travail, une part plus grande accordée à des tâches d'intérêt
collectif négligées dans un monde où l'activisme de quelques-uns coexiste avec
l'absence d'épanouissement de l'individu, une substitution progressive de la
qualité de la vie aux satisfactions illusoires que procure la course aux
revenus, tels seraient quelques-uns des traits de cette "croissance
modérée à plein emploi" qu'il faudrait préparer.
DEVOIR AUTOCORRECTIF
Au
XVII èm siècle, l'économiste Jean Bodin affirmait "il n'est de richesse
que d'hommes", ce qui signifiait que seul le nombre d'individus pouvait
assurer la richesse d'une nation.
Que
pensez-vous de cette assertion, est-elle toujours d'actualité ?