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Bac philo
Baccalauréat philosophie, section S
Juin
2002
- La diversité des langues est-elle un obstacle
à l'entente entre les peuples?
- La politique est-elle une science ou un art ?
- Texte
de Hume
-
Suffit-il de constater pour atteindre la vérité
?
- Vivre en société,
est-ce seulement vivre ensemble ?
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Septembre
2002
- Le droit peut-il être naturel ?
- Si la vie était belle, y aurait-il de l'art
?
-
La liberté de parole suffit-elle à rendre
l'homme libre ?
- Pourquoi désirer ce qui n'est pas nécessaire
?
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Juin 2001
- La liberté se définit-elle comme un
pouvoir de refuser ?
- Notre connaissance du réel se limite-t-elle
au savoir scientifique ?
- Texte
de Rousseau
- La maîtrise de soi dépend-elle de la
connaissance de soi ?
- Sommes-nous responsables de l'avenir ?
- La technique peut-elle améliorer l'homme
?
- La technique n'est-elle qu'outils et machines ?
- La technique peut-elle garantir le bonheur ?
- Faut-il renoncer à définir le beau
?
- Les théories simplifient-elles l'expérience
?
- Peut-on opposer le devoir à la liberté
?
- Suis-je libre de penser ce que je veux ?
- A quelles conditions une action est-elle libre ?
- N'est-on moral que par intérêt ?
- La poursuite de mon intérêt m'oppose-t-elle
aux autres ?
- La recherche scientifique a-t-elle des limites ?
- La religion et la morale ont-elles la même
finalité ?
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Septembre
2001
- Peut-on connaître ce dont on n'a pas l'expérience
?
- Pourquoi la justice a-t-elle besoin d'institutions
?
- La franchise est-elle au service de la vérité
?
- Le bonheur est-il une aspiration universelle ?
- Faut-il douter de tout ?
- Le progrès technique est-il la condition
du bonheur ?
- Faire son devoir, est-ce renoncer à sa liberté
?
- Y a-t-il contradiction entre la prétention
des sciences à la vérité et le
fait qu'elles ont une histoire ?
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Juin 2000
- Les passions nous empêchent-elles de faire
notre devoir ?
- A quoi servent les sciences ?
- Les passions sont-elles à l'origine des désordres
politiques ?
- Un homme peut-il en juger un autre ?
- Peut-on prévoir l'avenir ?
- L'œuvre d'art nous met-elle en présence d'une
vérité impossible à atteindre
par d'autres voies ?
- Le travail a-t-il une valeur morale ?
- La recherche du bonheur est-elle un idéal
égoïste ?
- Comment sait-on qu'un autre être est conscient
?
- L'imagination est-elle créatrice ?
- Que peut nous apprendre une image ?
- L'amour peut-il être un devoir ?
- Suffit-il de s'en tenir aux faits pour être
dans le vrai ?
- Être juste, est-ce être dans son droit
?
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Septembre
2000
- Être libre consiste-t-il à se suffire
à soi-même ?
- Que veut-on dire quand on dit «c'est beau»
?
- Pourquoi revenir sur le passé ?
- La morale s'apprend-elle ?
- La recherche de l'objectivité dans la connaissance
scientifique exclut-elle l'appel à l'imagination
?
- L'homme est-il responsable de tout ce qu'il fait
?
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Juin 1999
- Antilles
- Le développement des sciences
est-il recherche du savoir ou de la puissance ?
- « Vivre l’instant présent » :
est-ce une règle de vie satisfaisante ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
Il faut donc qu’une œuvre d’art soit faite,
terminée, et solide. Et cela va jusqu’au détail,
comme on verra, puisque ce qui n’est pas pris dans
la masse ne peut pas orner. C’est pourquoi l’improvisation
sans règles n’est jamais belle ; c’est
l’art de l’orateur qui parvient à fixer un
simple récit dans la masse de son discours.
Disons qu’aucune conception n’est œuvre. Et c’est
l’occasion d’avertir tout artiste qu’il perd son temps
à chercher parmi les simples possibles quel
serait le plus beau ; car aucun possible n’est
beau ; le réel seul est beau. Faites donc
et jugez ensuite. Telle est la première condition
en tout art, comme la parenté des mots artiste
et artisan le fait bien entendre ; mais une réflexion
suivie sur la nature de l’imagination conduit bien
plus sûrement à cette importante idée,
d’après laquelle toute méditation sans
objet réel est nécessairement stérile.
Pense ton œuvre, oui, certes ; mais on ne pense
que ce qui est : fais donc ton œuvre. ALAIN
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Juin
1999 - Antilles
- Que convient-il d’entendre par « avoir
tout pour être heureux » ?
- Ce que la morale interdit, l’Etat peut-il
le prescrire ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
A vrai dire, certains de ces êtres(1)
n’offrent pas un aspect agréable ; mais
la connaissance du plan de la Nature en eux réserve
à ceux qui peuvent saisir les causes, ceux
qui ont le naturel philosophique, des jouissances
inexprimables. En vérité, il serait
déraisonnable et absurde que nous trouvions
du plaisir à contempler les images de ces êtres,
parce que nous y saisissons en même temps le
talent du sculpteur et du peintre, et que, les examinant
en eux-mêmes, dans leur organisation par la
Nature, nous n’éprouvions pas une joie plus
grande encore de cette contemplation, au moins si
nous pouvons saisir l’enchaînement des causes.
Il ne faut donc pas céder à une répugnance
enfantine et nous détourner de l’étude
du moindre de ces animaux. En toutes les parties de
la Nature il y a des merveilles ; on dit qu’Héraclite,
à des visiteurs étrangers qui, l’ayant
trouvé se chauffant au feu de sa cuisine, hésitaient
à entrer, fit cette remarque : « Entrez,
il y a des dieux aussi dans la cuisine ».
Eh bien, de même, entrons sans dégoût
dans l’étude de chaque espèce animale :
en chacune, il y a de la nature et de la beauté.
ARISTOTE (1) : il s’agit des
êtres vivants
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Juin
1999 SERIE SCIENTIFIQUE : Liban– Session normale
- Juin 1999
- L’usage de la force par l’Etat est-il
légitime ?
- La philosophie change-t-elle le monde ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
« En histoire des sciences, il faut
nécessairement comprendre, mais juger*.
Là est vraie plus qu’ailleurs cette opinion :
« Ce n’est que par la plus grande force
du présent que doit être interprété
le passé ». L’histoire des empires
et des peuples a pour idéal, à juste
titre, le récit objectif des faits ;
elle demande à l’historien de ne pas juger
et si l’historien impose les valeurs de son temps
à la détermination des valeurs des temps
disparus, on l’accuse, avec raison, de suivre le « mythe
du progrès ». Mais voici une différence
évidente : pour la pensée scientifique,
le progrès est démontré, il est
démontrable, sa démonstration est même
un élément pédagogique indispensable
pour le développement de la culture scientifique.
Autrement dit, le progrès est la dynamique
même de la culture scientifique, et c’est cette
dynamique que l’histoire des sciences doit écrire.
Elle doit décrire en jugeant, en valorisant,
en enlevant toute possibilité à un retour
vers des notions erronées. L’histoire des sciences
ne peut insister sur les erreurs du passé qu’à
titre de repoussoir ». BACHELARD *
« il faut nécessairement comprendre,
mais juger », lire : il faut nécessairement
comprendre, mais aussi juger ».
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Juin
1999 -
Tunisie
- Y a-t-il une vérité
en art ?
- L’obéissance à une loi commune
à tous est-elle une servitude ?
- Dégagez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
L’esprit a une structure variable dès
l’instant où la connaissance a une histoire.
En effet, l’histoire humaine peut bien, dans ses passions,
dans ses préjugés, dans tout ce qui
relève des impulsions immédiates, être
un éternel recommencement ; mais il y
a des pensées qui ne recommencent pas ;
ce sont les pensées qui ont été
rectifiées, élargies, complétées.
Elles ne retournent pas à leur aire restreinte
ou chancelante. Or l’esprit scientifique est essentiellement
une rectification du savoir, un élargissement
des cadres de la connaissance. Il juge son passé
historique en le condamnant. Sa structure est la conscience
de ses fautes historiques. Scientifiquement, on pense
le vrai comme rectification historique d’une longue
erreur, on pense l’expérience comme rectification
de l’illusion commune et première. BACHELARD
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Septembre
1999 SERIE SCIENTIFIQUE : Métropole
– Session normale - Juin 1999
- A quoi reconnaît-on qu’un événement
est historique ?
- La liberté humaine est-elle limitée
par la nécessité de travailler ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
Trop souvent nous nous représentons
encore l’expérience comme destinée à
nous apporter des faits bruts : l’intelligence,
s’emparant de ces faits, les rapprochant les uns des
autres, s’élèverait ainsi à des
lois de plus en plus hautes. Généraliser
serait donc une fonction, observer en serait une autre.
Rien de plus faut que cette conception du travail
de synthèse, rien de plus dangereux pour la
science et pour la philosophie. Elle a conduit à
croire qu’il y avait un intérêt scientifique
à assembler des faits pour rien, pour le plaisir,
à les noter paresseusement et même passivement,
en attendant la venue d’un esprit capable de les dominer
et de les soumettre à des lois. Comme si une
observation scientifique n’était pas toujours
la réponse à une question, précise
ou confuse ! Comme si des observations notées
passivement à la suite les unes des autres
étaient autre chose que des réponses
décousues à des questions posées
au hasard ! Comme si le travail de généralisation
consistait à venir, après coup, trouver
un sens plausible à ce discours incohérent.
BERGSON
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Juin
1999 Espagne
- Peut-on, au nom de la morale, condamner
un artiste pour l’une de ses œuvres ?
- Le conflit des opinions est-il un effet de
l’ignorance ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
On introduit souvent une différence
entre ce que l’homme est intérieurement et
ses actes. Cette distinction n’a aucune vérité
dans l’histoire. L’homme s’identifie à la série
de ses actes. On s’imagine que l’intention peut être
excellente même si les actes ne valent rien.
Certes, il peut arriver dans certains cas que l’homme
dissimule ses intentions, mais c’est là une
situation à part. La vérité oblige
à dire que l’extérieur ne saurait se
différencier de l’intérieur. C’est surtout
dans l’histoire qu’il faut écarter les subtilités
concernant des distinctions momentanées. Les
peuples valent ce que valent leurs actes. Et leurs
actes traduisent leurs buts. HEGEL
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Juin
1999 Métropole
- Le malheur donne-t-il le droit d’être
injuste ?
- La force de l’Etat est-elle nécessaire
à la liberté des citoyens ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
Dans la vie courante, on a coutume, il est
vrai, de parler de belles couleurs, d’un beau ciel,
d’un beau torrent, et encore de belles fleurs, de
beaux animaux et même de beaux hommes. Nous
ne voulons pas ici nous embarquer dans la question
de savoir dans quelle mesure la qualité de
beauté peut être attribuée légitimement
à de tels objets et si en général
le beau naturel peut être mis en parallèle
avec le beau artistique. Mais il est permis de soutenir
dès maintenant que le beau artistique est plus
élevé que le beau dans la nature. Car
la beauté artistique est la beauté […]
née de l’esprit. Or autant l’esprit et ses
créations sont plus élevés que
la nature et ses manifestations, autant le beau artistique
est lui aussi plus élevé que la beauté
de la nature. Même, abstraction faite du contenu,
une mauvaise idée, comme il nous en passe par
la tête, est plus élevée que n’importe
quel produit naturel ; car en une telle idée
sont présents toujours l’esprit et la liberté.
HEGEL
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Juin
1999 Inde
- La rationalité scientifique
satisfait-elle tous les besoins de la raison ?
- La recherche du bonheur est-elle nécessairement
immorale ?
- Dégagez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
La plupart des inventions humaines sont
sujettes au changement. Elles dépendent de
l’humeur et du caprice, sont à la mode pour
un temps et sombrent ensuite dans l’oubli. On peut
sans doute craindre qu’il faille placer la justice
sur le même plan si l’on accorde qu’elle est
une invention humaine. Mais les deux cas sont largement
différents. L’intérêt sur lequel
la justice se fonde est le plus grand que l’on puisse
imaginer et il s’étend à tous les lieux
et tous les temps ; il n’est pas possible qu’une
autre invention puisse le servir ; c’est un intérêt
évident, qui se révèle dès
la toute première formation de la société :
toutes ces causes font que les règles de justice
sont constantes et immuables, au moins aussi immuables
que la nature humaine. HUME
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Juin
1999 Sportifs
de haut niveau
- L’expérience instruit-elle ?
- Le refus du travail a-t-il un sens ?
- Dégagez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
Le véritable champ du génie
est celui de l’imagination, parce qu’elle est créatrice
et qu’elle se trouve moins que d’autres facultés
sous la contrainte des règles ; ce qui
la rend d’autant plus capable d’originalité.
La démarche mécanique de l’enseignement,
en forçant à toute heure l’élève
à l’imitation, est assurément préjudiciable
à la levée de germe du génie,
en son originalité. Tout art réclame
cependant certaines règles mécaniques
fondamentales, celle de l’adéquation de l’œuvre
à l’idée sous-jacente, c’est-à-dire
la vérité dans la représentation
de l’objet conçu en pensée. Cette exigence
doit être apprise avec la rigueur de l’école,
elle est à la vérité un effet
de l’imitation. Quant à libérer l’imagination
de cette contrainte et à laisser le talent
hors du banal procéder sans règle et
s’exalter jusqu’à contredire la nature, cela
pourrait bien donner une folie originale qui ne serait
tout de même pas exemplaire, et ne pourrait
donc pas non plus être rangée dans le
génie. KANT
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Juin
1999 La Réunion
- Peut-on tout prévoir ?
- Les devoirs sont-ils seulement des contraintes ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
« Le monde sensible n’est pas
un objet donné directement de toute éternité
et sans cesse semblable à lui-même, mais
le produit de l’industrie et de l’état de la
société, et cela en ce sens qu’il est
un produit historique, le résultat de l’activité
de toute une série de générations
dont chacune se hissait sur les épaules de
la précédente, perfectionnait son industrie
et son commerce et modifiait son régime social
en fonction de la transformation des besoins.
Les objets de la certitude sensible la plus simple
ne sont eux-mêmes donnés que par le développement
social, l’industrie et les échanges commerciaux.
On sait que le cerisier, comme presque tous les arbres
fruitiers, a été transplanté
sous nos latitudes par le commerce, il y a peu de
siècles seulement, et ce n’est donc que grâce
à cette action d’une société
déterminée à une époque
déterminée qu’il fut donnée à
la certitude sensible ».
MARX
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Juin
1999 Amérique
du Nord
- Peut-on concevoir une société
sans travail ?
- Le rôle de l’historien est-il de juger ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
Il faut voir en quoi consiste le mensonge.
Il ne suffit pas de dire quelque chose de faux pour
mentir, si par exemple on croit, ou si on a l’opinion
que ce que l’on dit est vrai. Il y a d’ailleurs une
différence entre croire et avoir une opinion :
parfois, celui qui croit sent qu’il ignore ce qu’il
croit, bien qu’il ne doute en rien de la chose qu’il
sait ignorer, tant il y croit fermement ; celui
qui, en revanche, a une opinion, estime qu’il sait
que ce qu’il ne sait pas.
Or quiconque énonce un fait que, par croyance
ou opinion, il tient pour vrai, même si ce fait
est faux, ne ment pas. Il le doit à la foi
qu’il a en ses paroles, et qui lui fait dire ce qu’il
pense ; il le pense comme il le dit. Bien qu’il
ne mente pas, il n’est pas cependant sans faute, s’il
croit des choses à ne pas croire, ou s’il estime
savoir ce qu’il ignore, quand bien même ce serait
vrai. Il prend en effet l’inconnu pour le connu.
Est donc menteur celui qui pense quelque chose en
son esprit, et qui exprime autre chose dans ses paroles,
ou dans tout autre signe ». SAINT AUGUSTIN
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Juin
1999 Antilles
- Que convient-il d’entendre par « avoir
tout pour être heureux » ?
- Ce que la morale interdit, l’Etat peut-il
le prescrire ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
A vrai dire, certains de ces êtres (1)
n’offrent pas un aspect agréable ; mais
la connaissance du plan de la Nature en eux réserve
à ceux qui peuvent saisir les causes, ceux
qui ont le naturel philosophique, des jouissances
inexprimables. En vérité, il serait
déraisonnable et absurde que nous trouvions
du plaisir à contempler les images de ces êtres,
parce que nous y saisissons en même temps le
talent du sculpteur et du peintre, et que, les examinant
en eux-mêmes, dans leur organisation par la
Nature, nous n’éprouvions pas une joie plus
grande encore de cette contemplation, au moins si
nous pouvons saisir l’enchaînement des causes.
Il ne faut donc pas céder à une répugnance
enfantine et nous détourner de l’étude
du moindre de ces animaux. En toutes les parties de
la Nature il y a des merveilles ; on dit qu’Héraclite,
à des visiteurs étrangers qui, l’ayant
trouvé se chauffant au feu de sa cuisine, hésitaient
à entrer, fit cette remarque : « Entrez,
il y a des dieux aussi dans la cuisine ».
Eh bien, de même, entrons sans dégoût
dans l’étude de chaque espèce animale :
en chacune, il a de la nature et de la beauté ».
ARISTOTE (1) :
il s’agit des êtres vivants
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Juin
1999 SERIE SCIENTIFIQUE : Antilles – Session
normale - 1999
- Le développement des sciences
est-il recherche du savoir ou de la puissance ?
- « Vivre l’instant présent » :
est-ce une règle de vie satisfaisante ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
Il faut donc qu’une œuvre d’art soit faite,
terminée, et solide. Et cela va jusqu’au détail,
comme on verra, puisque ce qui n’est pas pris dans
la masse ne peut pas orner. C’est pourquoi l’improvisation
sans règles n’est jamais belle ; c’est
l’art de l’orateur qui parvient à fixer un
simple récit dans la masse de son discours.
Disons qu’aucune conception n’est œuvre. Et c’est
l’occasion d’avertir tout artiste qu’il perd son temps
à chercher parmi les simples possibles quel
serait le plus beau ; car aucun possible n’est
beau ; le réel seul est beau. Faites donc
et jugez ensuite. Telle est la première condition
en tout art, comme la parenté des mots artiste
et artisan le fait bien entendre ; mais une réflexion
suivie sur la nature de l’imagination conduit bien
plus sûrement à cette importante idée,
d’après laquelle toute méditation sans
objet réel est nécessairement stérile.
Pense ton œuvre, oui, certes ; mais on ne pense
que ce qui est : fais donc ton œuvre. ALAIN
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Juin 1999
Nouvelle-Calédonie
- Peut-on juger autrui ?
- Dans quelle mesure les énoncés
scientifiques peuvent-ils être considérés
comme des vérités ?
- Dégagez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
Tous ces coureurs se donnent bien de la
peine. Tous ces joueurs de ballon se donnent bien
de la peine. Tous ces boxeurs se donnent bien de la
peine. On lit partout que les hommes cherchent le
plaisir ; mais cela n’est pas évident ;
il semble plutôt qu’ils cherchent la peine et
qu’ils aiment la peine. Le vieux Diogène(1)
disait : « Ce qu’il y a de meilleur
c’est la peine ». On dira là-dessus
qu’ils trouvent tous leur plaisir dans cette peine
qu’ils cherchent ; mais c’est jouer sur les mots ;
c’est bonheur et non plaisir qu’il faudrait dire ;
et ce sont deux choses très différentes,
aussi différentes que l’esclavage et la liberté.
On veut agir, on ne veut pas subir. Tous ces hommes
qui se donnent tant de peine n’aiment sans doute pas
le travail forcé ; personne n’aime le
travail forcé ; personne n’aime les maux
qui tombent ; personne n’aime sentir la nécessité.
Mais aussitôt que je me donner librement de
la peine, me voilà content. ALAIN (1)
Philosophe grec de l’Antiquité
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Juin
1999
Polynésie
- La notion de vie a-t-elle un statut
scientifique ?
- Faut-il chercher en toute chose l’efficacité ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
S’écoulant dans le lit assuré
du bon sens, la philosophie naturelle (1)
produit au mieux une rhétorique de vérités
triviales. Lui reproche-t-on l’insignifiance de ce
qu’elle présente, elle assure en réplique
que le sens et le contenu sont présents dans
son cœur et doivent être aussi dans le cœur
des autres ; elle a en effet, à son avis,
prononcé l’ultime parole en parlant de l’innocence
du cœur et de la pureté de la conscience morale,
à quoi on ne peut rien objecter, et au-delà
de quoi on ne peut rien demander. Cependant, ce qu’il
fallait faire c’était ne pas laisser le meilleur
au fond du cœur, mais le tirer du puits pour l’exposer
à la lumière du jour. […]. Puisque le
sens commun fait appel au sentiment, son oracle intérieur,
il rompt tout contact avec qui n’est pas de son avis,
il est ainsi contraint d’expliquer qu’il n’a rien
d’autre à dire à celui qui ne trouve
pas et ne sent pas en soi-même la même
vérité ; en d’autres termes, il
foule aux pieds la racine de l’humanité, car
la nature de l’humanité, c’est de tendre à
l’accord mutuel ; son existence est seulement
dans la communauté instituée des consciences.
HEGEL (1)
« philosophie naturelle » :
façon de penser du sens commun
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Juin
1999 Polynésie
- Le bien s’impose-t-il à nous
de la même manière que le vrai ?
- Travailler est-ce seulement produire ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :La
persuasion commune du vulgaire semble être différente.
La plupart en effet semblent croire qu’ils sont libres
dans la mesure où il leur est permis d’obéir
à l’appétit sensuel et qu’ils renoncent
à leurs droits dans la mesure où ils
sont astreins à vivre suivant les prescriptions
de la loi divine. La moralité donc et la religion,
et absolument parlant tout ce qui se rapporte à
la force d’âme, ils croient que ce sont des
fardeaux dont ils espèrent être déchargés
après la mort pour recevoir le prix de la servitude,
c’est-à-dire de la moralité et de la
religion, et ce n’est pas seulement cet espoir, c’est
aussi et principalement la crainte d’être punis
d’affreux supplices après la mort qui les induit
à vivre suivant les prescriptions de la loi
divine autant que leur petitesse et leur impuissance
intérieure le permettent. Et, si les hommes
n’avaient pas cet espoir et cette crainte, s’ils croyaient
au contraire que les âmes périssent avec
le corps et que les malheureux, épuisés
par le fardeau de la moralité, n’ont devant
eux aucune vie à venir, ils reviendraient à
leur complexion(1) et voudraient tout gouverner
suivant leur appétit sensuel et obéir
à la fortune plutôt qu’à eux-mêmes.
Ce qui ne me paraît pas moins absurde que si
quelqu’un, parce qu’il ne croit pas pouvoir nourrir
son corps de bons aliments dans l’éternité,
aimait mieux se saturer de poisons et de substances
mortifères, ou parce qu’on croit que l’âme
n’est pas éternelle ou immortelle, on aimait
mieux être dément et vivre sans raison ;
absurdités telles qu’elles méritent
à peine d’être relevées. SPINOZA
(1) naturel
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Juin
1999 Centres
étrangers
- La vérité peut-elle
laisser indifférente ?
- Le beau peut-il ne pas plaire ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
On demande comment un homme peut être
libre, et forcé de se conformer à des
volontés qui ne sont pas les siennes. Comment
les opposants sont-ils libres et soumis à des
lois auxquelles ils n’ont pas consenti ? Je réponds
que la question est mal posée. Le citoyen consent
à toutes les lois, même à celles
qu’on passe malgré lui, et même à
celles qui le punissent quand il ose en violer quelqu’une.
La volonté constante de tous les membres de
l’Etat est la volonté générale :
c’est par elle qu’ils sont citoyens et libres. Quand
on propose une loi dans l’assemblée du peuple,
ce qu’on leur demande n’est pas précisément
s’ils approuvent la proposition ou s’ils la rejettent,
mais si elle est conforme ou non à la volonté
générale qui est la leur ; chacun
en donnant son suffrage dit son avis là-dessus,
et du calcul des voix se tire la déclaration
de la volonté générale. Quand
donc l’avis contraire au mien l’emporte, cela ne prouve
autre chose sinon que je m’était trompé,
et que ce que j’estimais être la volonté
générale ne l’était pas. Si mon
avis particulier l’eût emporté, j’aurais
fait autre chose que ce que j’avais voulu, c’est alors
que je n’aurais pas été libre.
ROUSSEAU
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Juin
1999 Japon
- Promettre, est-ce renoncer à sa liberté ?
- Qu’est-ce que penser avec rigueur ?
- Dégagez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
« Tous ces particuliers mercenaires,
que le peuple appelle sophistes et regarde comme ses
rivaux, n’enseignent pas d’autres maximes que celles
que le peuple lui-même professe dans ses assemblées,
et c’est là ce qu’ils appellent sagesse. On
dirait un homme qui, après avoir observé
les mouvements instinctifs et les appétits
d’un animal grand et robuste, par où il faut
l’approcher et par où le toucher, quand et
pourquoi il s’irrite ou s’apaise, quels cris il a
coutume de pousser en chaque occasion, et quel ton
de voix l’adoucit ou l’effarouche, après avoir
appris tout cela par une longue expérience,
l’appellerait sagesse, et l’ayant systématisé
en une sorte d’art, se mettrait à l’enseigner,
bien qu’il ne sache vraiment ce qui, de ces habitudes
et de ces appétits, est beau ou laid, bon ou
mauvais, juste ou injuste ; se conformant dans
l’emploi de ces termes aux instincts du grand animal ;
appelant bon ce qui le réjouit, et mauvais
ce qui l’importune, sans pouvoir légitimer
autrement ces qualifications ; nommant juste
et beau le nécessaire, parce qu’il n’a pas
vu et n’est point capable de montrer aux autres combien
la nature du nécessaire diffère, en
réalité, de celle du bon. Un tel homme,
par Zeus ! ne te semblerait-il pas un étrange
éducateur ? » PLATON
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Juin
1999 Japon
- Le progrès technique peut-il
combler toutes les attentes de l’humanité ?
- Pourquoi tenons-nous à être
reconnus ?
- Dégagez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
« Rien n’est plus certain :
les hommes sont en grande part gouvernés par
l’intérêt, et même lorsqu’ils portent
leur préoccupation au-delà d’eux-mêmes,
cela ne va pas très loin ; dans la vie
courante, il ne leur est pas habituel de regarder
plus loin que leurs amis et leurs relations les plus
proches. Il n’est pas moins certain qu’il leur est
impossible de servir leur intérêt d’une
manière aussi efficace qu’au moyen d’une observance
universelle et inflexible des règles de justice,
qui seules leur permettent de maintenir la société
et de s’empêcher de tomber dans cette condition
misérable et sauvage que l’on représente
couramment comme l’état de nature. De même
que l’intérêt qu’ont tous les hommes
à soutenir l’édifice de la société
et à observer les règles de justice
est grand, de même il est tangible et manifeste,
y compris pour ceux qui sont les plus primitifs et
les moins cultivés de la race humaine, et il
est presque impossible que celui qui a fait l’expérience
de la société se méprenne sur
ce point ». HUME
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Juin
1999 Amérique
du Sud
- Y a-t-il une compétence politique ?
- Les sens sont-ils notre unique source de
connaissance ?
- Dégagez l'intérêt
philosophique de ce texte en procédant à
son étude ordonnée :
« Qu’est-ce qu’un inconscient ?
C’est un homme qui ne se pose pas de question. Celui
qui agit avec vitesse et sûreté ne se
pose pas de question ; il n’en a pas le temps.
Celui qui suit son désir ou son impulsion sans
s’examiner soi-même n’a point non plus occasion
de parler, comme Ulysse, à son propre cœur,
ni de dire Moi, ni de penser Moi. En sorte que, faute
d’examen moral, il manque aussi de cet examen contemplatif
qui fait qu’on dit : « Je sais que
je sais ; je sais que je désire ;
je sais que je veux ». Pour prendre conscience,
il faut se diviser soi-même. Ce que les passionnés,
dans le paroxysme, ne font jamais ; ils sont
tout entiers à ce qu’ils font et à ce
qu’ils disent ; et par là ils ne sont
point du tout pur eux-mêmes. Cet état
est rare. Autant qu’il reste de bon sens en un homme,
il reste des éclairs de penser à ce
qu’il dit ou à ce qu’il fait ; c’est se
méfier de soi ; c’est guetter de soi l’erreur
ou la faute. Peser, penser, c’est le même mot ;
ne le ferait-on qu’un petit moment, c’est cette chaîne
de points clairs qui fait encore le souvenir. Qui
s’emporte sans scrupule aucun, sans hésitation
aucune, sans jugement aucun ne sait plus ce qu’il
fait, et ne saura jamais ce qu’il a fait ».
ALAIN
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Juin
1999 Métropole – Session Juin 1998
- Comment décider qu'un acte
est juste ?
- La valeur d'une théorie se mesure-t-elle
à son efficacité pratique ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
Apprendre à se connaître est très
difficile [...] et un très grand plaisir en
même temps (quel plaisir de se connaître
!) ; mais nous ne pouvons pas nous contempler nous-mêmes
à partir de nous-mêmes : ce qui le prouve,
ce sont les reproches que nous adressons à
d'autres, sans nous rendre compte que nous commettons
les mêmes erreurs, aveuglés que nous
sommes, pour beaucoup d'entre nous, par l'indulgence
et la passion qui nous empêchent de juger correctement.
Par conséquent, à la façon dont
nous regardons dans un miroir quand nous voulons voir
notre visage, quand nous voulons apprendre à
nous connaître, c'est en tournant nos regards
vers notre ami que nous pourrions nous découvrir,
puisqu'un ami est un autre soi-même. Concluons
: la connaissance de soi est un plaisir qui n’est
pas possible sans la présence de quelqu'un
d'autre qui soit notre ami ; l'homme qui se suffit
à soi-même aurait donc besoin d'amitié
pour apprendre à se connaître soi-même.
ARISTOTE
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Métropole
– Session Septembre 1998
- Avons-nous le devoir de faire le bonheur
des autres ?
- Peut-on reprocher à une œuvre d'art
de ne rien vouloir dire ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
Etant donné en effet qu'il n'existe
pas au monde de République où l'on ait
suffisamment établi de règles pour présider
à toutes les actions et paroles des hommes
(car cela serait impossible), il s'ensuit nécessairement
que dans tous les domaines d'activité que les
lois ont passés sous silence, les gens ont
la liberté de faire ce que leur propre raison
leur indique comme leur étant le plus profitable.
Car si nous prenons le mot de liberté dans
son sens propre de liberté corporelle, c'est-à-dire
de n'être ni enchaîné ni emprisonné,
il serait tout à fait absurde, de la part des
hommes, de crier comme ils le font pour obtenir cette
liberté dont ils jouissent si manifestement.
D'autre part, si nous entendons par liberté
le fait d'être soustrait aux lois, il n'est
pas moins absurde, de la part des hommes, de réclamer
comme ils le font cette liberté qui permettrait
à tous les autres hommes de se rendre maîtres
de leurs vies. Et cependant, aussi absurde que ce
soit, c'est bien ce qu'ils réclament ; ne sachant
pas que les lois sont sans pouvoir pour les protéger
s'il n'est pas un glaive entre les mains d'un homme
(ou de plusieurs) pour faire exécuter ces lois.
La liberté des sujets ne réside par
conséquent que dans les choses qu'en réglementant
leurs actions le souverain a passées sous silence,
par exemple la liberté d'acheter, de vendre,
et de conclure d'autres contrats les uns avec les
autres ; de choisir leur résidence, leur genre
de nourriture, leur métier, d'éduquer
leurs enfants comme ils le jugent convenable, et ainsi
de suite. HOBBES
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Juin
1998 Amérique du Nord
- Qu'est-ce qu'un Etat libre ?
- Doit-on apprendre à devenir soi-même
?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
Quand se présente un objet ou un événement
naturels, toute notre sagacité et toute notre
pénétration sont impuissantes à
découvrir ou même à conjecturer
sans expérience quel événement
en résultera ou à porter nos prévisions
au-delà de l'objet immédiatement présent
à la mémoire et aux sens. Même
après un cas ou une expérience unique
où nous avons observé qu'un événement
en suivait un autre, nous ne sommes pas autorisés
à former une règle générale
ou à prédire ce qui arrivera dans des
cas analogues ; car on tiendrait justement pour une
impardonnable témérité de juger
du cours entier de la nature par une expérience
isolée, même précise ou certaine.
Mais quand une espèce particulière d'événements
a toujours, dans tous les cas, été conjointe
à une autre, nous n'hésitons pas plus
longtemps à prédire l'une à l'apparition
de l'autre et à employer ce raisonnement qui
peut seul nous apporter la certitude sur une question
de fait ou d'existence. Nous appelons alors l'un des
objets cause et l'autre effet. Nous
supposons qu'il y a une connexion entre eux, et un
pouvoir dans l'un qui lui fait infailliblement produire
l'autre et le fait agir avec la plus grande certitude
et la plus puissante nécessité. HUME
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Juin
1998 Antilles - session juin 1998
- Faut-il accorder de l'importance aux
mots ?
- Dans quelle mesure une connaissance scientifique
donne-t-elle du pouvoir sur l'avenir ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
Pour éviter de heurter, je dois faire
ici remarquer que, lorsque je nie que la justice soit
une vertu naturelle, je fais usage du mot naturel
uniquement en tant qu'opposé à artificiel.
Dans un autre sens du mot, comme il n'y a pas de principe
de l'esprit humain qui soit plus naturel qu'un sens
de la vertu, de même il n'y a pas de vertu plus
naturelle que la justice. L'espèce humaine
est une espèce inventive et quand une invention
est évidente et absolument nécessaire,
on peut la dire naturelle tout aussi justement qu'on
le dit de toute chose qui procède de principes
originels immédiatement et sans l'intervention
de la pensée et de la réflexion. Bien
que les lois de la justice soient artificielles, elles
ne sont pas arbitraires. Et elle n'est pas impropre,
l'expression qui les appelle des lois de nature, si
par naturel nous entendons ce qui est commun à
une espèce, ou même si nous en limitons
le sens à ce qui est inséparable de
l'espèce. HUME
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Septembre
1998 Antilles
- La spontanéité est-elle une
marque de liberté ?
- Les vérités mathématiques
constituent-elles le modèle de toute vérité
?
- Vous dégagerez l’intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
Rien ne peut s'opposer à une impulsion
passionnelle, rien ne peut retarder une impulsion
passionnelle qu'une impulsion contraire ; si cette
impulsion contraire naissait parfois de la raison,
cette faculté devrait avoir une influence primitive
sur la volonté et elle devrait être capable
de produire, aussi bien que d'empêcher, un acte
de volition. Mais, si la raison n'a pas d'influence
primitive, il est impossible qu'elle puisse contrebalancer
un principe qui a ce pouvoir ou qu'elle puisse faire
hésiter l'esprit un moment. Il apparaît
ainsi que le principe, qui s'oppose à notre
passion, ne peut s'identifier à la raison et
que c'est improprement qu'on l'appelle de ce nom.
Nous ne parlons ni avec rigueur ni philosophiquement
lorsque nous parlons du combat de la passion et de
la raison. HUME
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Juin
1998 Amérique
du Sud
- La vérité est-elle soumise
au temps ?
- Expliquer, est-ce justifier ?
- Dégagez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
Comment nous comportons-nous vis-à-vis
des actes d'un homme de notre entourage ? Tout d'abord
nous considérons ce qu'il en résulte
pour nous, nous ne les considérons que sous
ce point de vue. Cet effet causé sur nous,
nous y voyons l'intention de l'acte et pour finir
nous attribuons à cet homme comme un caractère
permanent le fait d'avoir eu de telles intentions,
et désormais nous le qualifions, par exemple,
d' "homme nuisible". Triple erreur ! Triple
méprise, vieille comme le monde ! […]. Ne faut-il
pas chercher l'origine de toute morale dans ces horribles
petites conclusions : "ce qui me nuit est quelque
chose de mauvais (de nuisible en soi) ; ce qui m'est
utile est quelque chose de bon (de bienfaisant et
d'utile en soi), ce qui me nuit une ou plusieurs fois
est hostile en soi et foncièrement ; ce
qui m'est utile une ou plusieurs fois est amical en
soi et foncièrement. " O pudenda origo*
! Cela ne revient-il pas à interpréter
les misérables relations occasionnelles et
souvent fortuites d'un autre à nous comme si
ces relations étaient l'essence et le fond
de son être, et prétendre qu'envers tout
le monde et envers soi-même il n'est capable
que de relations semblables à celles dont nous
avons fait une ou plusieurs fois l'expérience
? Et derrière cette véritable folie
n'y a-t-il pas la plus immodeste de toutes les arrière-pensées
: croire qu'il faut que nous soyons nous-mêmes
le principe du bien puisque le bien et le mal se mesurent
d'après nous ? NIETZSCHE *
Ô honteuse origine
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Juin
1998 Inde
- La guerre peut-elle être juste
?
- Tout s'en va-t-il avec le temps ?
- Dégagez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
L'universalité d'un même nom donné
à plusieurs choses est cause que les hommes
ont cru que ces choses étaient universelles
elles-mêmes, et ont soutenu sérieusement
qu'outre Pierre, Jean et le reste des hommes existants
qui ont été ou qui seront dans le monde,
il devait encore y avoir quelqu'autre chose que nous
appelons l'homme en général; ils se
sont trompés en prenant la dénomination
générale ou universelle pour la chose
qu'elle signifie. En effet lorsque quelqu'un demande
à un peintre de lui faire la peinture d'un
homme ou de l'homme en général, il ne
lui demande que de choisir tel homme dont il voudra
tracer la figure, et celui-ci sera forcé de
copier un des hommes qui ont été, qui
sont ou qui seront, dont aucun n'est l'homme en général.
Mais lorsque quelqu'un demande à ce peintre
de lui peindre le Roi ou toute autre personne particulière,
il borne le peintre à représenter uniquement
la personne dont il a fait choix. Il est donc évident
qu'il n'y a rien d'universel que les noms...
HOBBES
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Juin
1998 Asie Japon
- Faut-il renoncer à s'interroger sur
ce qui est hors de portée de la connaissance
scientifique ?
- L'oeuvre d'art est-elle nécessairement
belle ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
Quand je m'y suis mis quelquefois, à
considérer les diverses agitations des hommes,
et les périls et les peines où ils s'exposent,
dans la cour, dans la guerre, d'où naissent
tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies
et souvent mauvaises, etc., j'ai découvert
que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose,
qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une
chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre,
s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait
pas pour aller sur la mer ou au siège d'une
place. On n'achètera une charge(*)
à l'armée si cher, que parce qu'on trouverait
insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne
recherche les conversations et les divertissements
des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi
avec plaisir. Mais quand j'ai pensé de plus
près, et qu'après avoir trouvé
la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en découvrir
la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien
effective, qui consiste dans le malheur naturel de
notre condition faible et mortelle, et si misérable,
que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons
de près. B. PASCAL (*) une charge
: une fonction (sous l'Ancien Régime, il fallait
acheter le droit d'exercer certaines fonctions)
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Juin
1998 Liban – Session Juin 1998
- Peut-on être heureux sans le savoir
?
- Y a-t-il une différence de nature
entre l'homme et l'animal ?
- Dégagez l'intérêt
philosophique de ce texte en procédant à
son étude ordonnée :
L'histoire humaine peut bien, dans ses passions,
dans ses préjugés, dans tout ce qui
relève des impulsions immédiates, être
un éternel recommencement ; mais il y
a des pensées qui ont été rectifiées,
élargies, complétées. Elles ne
retournent pas à leur aire restreinte ou chancelante.
Or l'esprit scientifique est essentiellement une rectification
du savoir, un élargissement des cadres de la
connaissance. Il juge son passé historique
en le condamnant. .Sa structure est la conscience
de ses fautes historiques. Scientifiquement, on pense
le vrai comme rectification historique d'une longue
erreur, on pense l'expérience comme rectification
de l'illusion commune et première /…/. L'essence
même de la réflexion, c'est de comprendre
qu'on n'avait pas compris. G. BACHELARD
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Novembre 1998
Nouvelle Calédonie
- L’imaginaire n’est-il qu’un refuge ?
- Une communication véritablement humaine
peut-elle se passer de la parole ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique de ce texte en procédant à
son étude ordonnée :
L’adversité, la douleur, la pauvreté
sont de grandes tentations menant l’homme à
violer son devoir. L’aisance, la force, la santé
et la prospérité en général,
qui s’opposent à cette influence, peuvent donc
aussi, semble-t-il, être considérées
comme des fins qui sont en même temps des devoirs,
je veux dire celui de travailler à son propre
bonheur et de ne pas s’appliquer seulement à
celui d’autrui. Mais alors ce n’est pas le bonheur
qui est la fin, mais la moralité du sujet,
et le bonheur n’est que le moyen légitime d’écarter
les obstacles qui s’opposent à cette fin ;
aussi personne n’a ainsi le droit d’exiger de moi
le sacrifice de mes fins qui ne sont pas immorales.
Ce n’est pas directement un devoir que de chercher
pour elle-même l’aisance, mais indirectement
ce peut bien en être un, à savoir écarter
la misère comme étant une forte tentation
à mal agir. Mais alors ce n’est pas de mon
bonheur, mais de ma moralité, que j’ai comme
fin et aussi comme devoir de conserver l’intégrité.
KANT
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Juin
1998 Polynésie
- Que peut-on savoir de soi ?
- L’imagination enrichit-elle la connaissance ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
Il est, décidément, indispensable
aux hommes de se donner des lois et de vivre conformément
à ces lois ; autrement, il n’y aucune
différence entre eux et les animaux qui, sous
tous les rapports, sont les plus sauvages. Et voici
quelle en est la raison : il n’y a absolument
pas d’homme qui naisse avec une aptitude naturelle,
aussi bien à discerner par la pensée
ce qui est avantageux pour l’humanité en vue
de l’organisation politique, que, une fois cela discerné,
à posséder constamment la possibilité
comme la volonté de réaliser dans la
pratique ce qui vaut le mieux. En premier lieu, il
est difficile en effet de reconnaître la nécessité,
pour un art politique vrai, de se préoccuper,
non pas de l’intérêt individuel, mais
de l’intérêt commun, car l’intérêt
commun fait la cohésion des Etats, tandis que
l’intérêt individuel les désagrège
brutalement ; difficile en outre de reconnaître
que l’avantage, à la fois de l’intérêt
commun et de l’intérêt individuel, de
tous les deux ensemble, est que l’on mette en belle
condition ce qui est d’intérêt commun,
plutôt que ce qui est d’intérêt
individuel. En second lieu, à supposer que,
d’aventure, on ait acquis dans les conditions scientifiques
voulues la connaissance de cette nécessité
naturelle ; à supposer, en outre de cela,
que dans l’Etat, on soit investi d’une souveraineté
absolue et qui n’ait point de comptes à rendre,
il ne serait jamais possible que l’on demeurât
toujours fidèle à cette conviction,
c’est-à-dire que, tout au long de la vie, on
entretînt à la place maîtresse
l’intérêt commun, et l’intérêt
individuel en état de subordination à
l’égard de l’intérêt commun. PLATON
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Septembre
1998 Polynésie
–
- Peut-on faire plus que son devoir ?
- La science est-elle en mesure de dicter des
conclusions morales ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
Le trésor de raison consciente d’elle-même
qui nous appartient, qui appartient à l’époque
contemporaine, ne s’est pas produit de manière
immédiate, n’est pas sorti du sol du temps
présent, mais pour lui c’est essentiellement
un héritage, plus précisément
le résultat du travail et, à vrai dire,
du travail de toutes les générations
antérieures du genre humain. De même
que les arts de la vie extérieure, la quantité
de moyens et de procédés habiles, les
dispositions et les habitudes de la vie sociale et
politique sont un résultat de la réflexion,
de l’invention, des besoins, de la nécessité
et du malheur, de la volonté et de la réalisation
de l’histoire qui précède notre époque,
de même ce que nous sommes en fait de sciences
et plus particulièrement de philosophie nous
le devons à la tradition qui enlace tout ce
qui est passager et qui est par suite passé,
pareille à une chaîne sacrée,
[…] et qui nous a conservé et transmis tout
ce qu’a créé le temps passé.
Or, cette tradition n’est pas seulement une ménagère
qui se contente de garder fidèlement ce qu’elle
a reçu et le transmet sans changement aux successeurs ;
elle n’est pas une immobile statue de pierre, mais
elle est vivante et grossit comme un fleuve puissant
qui s’amplifie à mesure qu’il s’éloigne
de sa source. HEGEL
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Juin
1998 La Réunion
- Vaut-il mieux parler de découverte
scientifique ou d'invention scientifique ?
- Le bonheur n'est-il qu'une question de chance
?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée.
Dans la peinture de portraits, où il
s'agit de fixer les traits d'un homme, la ressemblance
est certainement un élément très
important et, cependant, dans les meilleurs portraits,
dans ceux qu'on s'accorde à reconnaître
comme les mieux réussis, la ressemblance n'est
jamais parfaite, il leur manque toujours quelque chose
par rapport au modèle naturel. L'imperfection
de cet art tient à ce que ses représentations,
malgré les efforts d'exactitude, restent toujours
plus abstraites que les objets naturels dans leur
existence immédiate. Le plus abstrait, c'est
une esquisse, un dessin. Lorsqu'on emploie des couleurs,
qu'on prend pour règle la nature, on trouve
toujours que quelque chose a été omis,
que la représentation, l'imitation n'est pas
aussi parfaite que la formation naturelle. Or, ce
qui rend ces représentations particulièrement
imparfaites, c'est le manque de spiritualité.
Lorsque des tableaux de ce genre servent à
reproduire des traits humains, ils doivent avoir une
expression de spiritualité qui manque d'ailleurs
à l'homme naturel, tel qu'il se présente
à nous directement, sous son aspect de tous
les jours. Or, c'est ce que le naturalisme est incapable
de faire, et c'est en cela que se manifeste son impuissance.
C'est l'expression de spiritualité qui doit
dominer le tout. HEGEL
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Octobre 1998
Sportifs de haut niveau -
- L’apprentissage de la liberté peut-il
se faire sans contraintes ?
- La présence d’autrui nous évite-t-elle
la solitude ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique de ce texte en procédant à
son étude ordonnée :
A tout prendre, les méthodes scientifiques
sont un aboutissement de la recherche au moins aussi
important que n’importe quel autre de ses résultats ;
car c’est sur l’intelligence de la méthode
que repose l’esprit scientifique, et tous les résultats
de la science ne pourraient empêcher, si lesdites
méthodes venaient à se perdre, une recrudescence
de la superstition et de l’absurdité reprenant
le dessus. Des gens intelligents peuvent bien apprendre
tout ce qu’ils veulent des résultats de la
science, on n’en remarque pas moins à leur
conversation, et notamment aux hypothèses qui
y paraissent, que l’esprit scientifique leur fait
toujours défaut : ils n’ont pas cette
méfiance instinctive pour les aberrations de
la pensée qui a pris racine dans l’âme
de tout homme de science à la suite d’un long
exercice. Il leur suffit de trouver une hypothèse
quelconque sur une matière donnée, et
les voilà tout feu tout flamme pour elle, s’imaginant
qu’ainsi tout est dit. Avoir une opinion, c’est bel
et bien pour eux s’en faire les fanatiques et la prendre
dorénavant à cœur en guise de conviction.
Y a-t-il une chose inexpliquée, ils s’échauffent
pour la première fantaisie qui leur passe par
la tête et ressemble à une explication ;
il en résulte continuellement, surtout dans
le domaine de la politique, les pires conséquences.
NIETZSCHE
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Juin
1997 Métropole
- L'imaginaire et le réel se contredisent-ils?
- Peut-on changer le cours de l'histoire?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée C'est
beaucoup que d'avoir fait régner l'ordre et
la paix dans toutes les parties de la république;
c'est beaucoup que l'Etat soit tranquille et la loi
respectée: mais si l'on ne fait rien de plus,
il y aura dans tout cela plus d'apparence que de réalité,
et le gouvernement se fera difficilement obéir
s'il se borne à l'obéissance. S'il est
bon de savoir employer les hommes tels qu'ils sont;
il vaut beaucoup mieux encore les rendre tels qu'on
a besoin qu'ils soient, l'autorité la plus
absolue est celle qui pénètre jusqu'à
l'intérieur de l'homme, et ne s'exerce pas
moins sur la volonté que sur les actions. Il
est certain que les peuples sont à la longue
ce que le gouvernement les fait être. Guerriers,
citoyens, hommes, quand il le veut; populace et canaille
quand il lui plaît: et tout prince qui méprise
ses sujets se déshonore lui même en montrant
qu'il n'a pas su les rendre estimables. Formez donc
des hommes si vous voulez commander à des hommes:
si vous voulez qu'on obéisse aux lois, faites
qu'on les aime, et que pour faire ce qu'on doit, il
suffise de songer qu'on doit le faire. ROUSSEAU
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Juin
1997 Métropole
- Ne doit-on tenir pour vrai que ce qui est
scientifiquement prouvé?
- Les hommes peuvent-ils avoir des droits sans
avoir des devoirs?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude :
Il y a (....) deux vues classiques. L'une consiste
à traiter l'homme comme le résultat
des influences physiques, physiologiques et sociologiques
qui le détermineraient du dehors et feraient
de lui une chose entre les choses. L'autre consiste
à reconnaître dans l'homme, en tant qu'il
est esprit et construit la représentation des
causes mêmes qui sont censées agir sur
lui, une liberté acosmique(1). D'un
côté l'homme est une partie du monde,
de l'autre il est conscience constituante du monde.
Aucune de ces deux vues n'est satisfaisante. A la
première on opposera toujours (....) que si
l'homme était une chose entre les choses, il
ne saurait en connaître aucune, puisqu'il serait,
comme cette chaise ou comme cette table, enfermé
dans ses limites, présent en un certain lieu
de l'espace et donc incapable de se les représenter
tous. Il faut lui reconnaître une manière
d'être très particulière, l'être
intentionnel, qui consiste à viser toutes choses
et à ne demeurer en aucune. Mais si l'on voulait
conclure de là que par notre fond nous sommes
esprit absolu, on rendrait incompréhensibles
nos attaches corporelles et sociales, notre insertion
dans le monde, on renoncerait à penser la condition
humaine. MERLEAU-PONTY 1.liberté
acosmique : qui ne dépend pas de notre
"insertion dans le monde".
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Session de
remplacement 1997 Métropole –
- L'histoire peut-elle justifier le mal ?
- L'artiste doit-il chercher à plaire
?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée Ce qui
exigeait un génie vraiment supérieur,
c'était de chercher et de découvrir
dans les phénomènes les plus vulgaires,
dans la chute d'une pierre, dans les balancements
d'une lampe suspendue, ce que tant de philosophes,
tant de docteurs, tant de raisonneurs sur les choses
divines et humaines avaient eu sous les yeux depuis
des milliers d'années, sans songer qu'il y
eût là quelque chose à chercher
et à découvrir. De tout temps le genre
humain avait senti le besoin de l'observation et de
l'expérience, avait vécu d'observations
bien ou mal conduites, rattachées tant bien
que mal à des théories plus ou moins
aventureuses: mais l'expérience précise,
numérique, quantitative, et surtout l'expérience
indirecte qui utilise les relations mathématiques
pour mesurer, à l'aide de grandeurs sur lesquelles
nos sens et nos instruments ont prise, d'autres grandeurs
insaisissables directement, à cause de leur
extrême grandeur ou de leur extrême petitesse,
voilà ce dont les plus doctes n'avaient pas
l'idée. On ne songeait pas à diriger
systématiquement l'expérience, de manière
à forcer la Nature à livrer son secret,
à dévoiler la loi mathématique,
simple et fondamentale, qui se dérobe à
la faiblesse de nos sens ou que masque la complication
des phénomènes. COURNOT
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Juin
1997 Antilles
- L'explication scientifique des conduites
humaines est-elle incompatible avec l'affirmation
de la liberté ?
- Puis-je invoquer le cours de l'histoire pour
m'excuser de n'avoir pas agi ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée La piété,
ce n'est pas se montrer à tout instant couvert
d'un voile et tourné vers une pierre, et s'approcher
de tous les autels; ce n'est pas se pencher jusqu'à
terre en se prosternant, et tenir la paume de ses
mains ouvertes en face des sanctuaires divins, ce
n'est point inonder les autels du sang des animaux,
ou lier sans cesse des vœux à d'autres vœux;
mais c'est plutôt pouvoir tout regarder d'un
esprit que rien ne trouble. Car lorsque levant la
tête, nous contemplons les espaces célestes
de ce vaste monde, et les étoiles scintillantes
fixées dans les hauteurs de l'éther,
et que notre pensée se porte sur les cours
du soleil et de la lune, alors une angoisse, jusque
là étouffée en notre cœur sous
d'autres maux, s'éveille et commence à
relever la tête : n'y aurait-il pas en
face de nous des dieux dont la puissance infinie entraîne
d'un mouvement varié les astres à la
blanche lumière ? Livré au doute par
l'ignorance des causes, l'esprit se demande s'il y
a eu vraiment un commencement, une naissance du monde,
s'il doit y avoir une fin, et jusqu'à quand
les remparts du monde pourront supporter la fatigue
de ce mouvement inquiet; ou bien si, doués
par les dieux d'une existence éternelle, ils
pourront prolonger leur course dans l'infini du temps
et braver les forces puissantes de l'éternité
? LUCRECE
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Session de
remplacement 1997 Antilles
- Le progrès scientifique est-il lié
à l'évolution des techniques ?
- La reproduction des œuvres d'art nuit-elle
à l'art ?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée Il y
a cette différence entre les devoirs que la
religion nous oblige à rendre à Dieu,
et ceux que la société demande que nous
rendions aux autres hommes, que les principaux devoirs
de la religion sont intérieurs et spirituels:
parce que Dieu pénètre les cœurs, et
qu'absolument parlant il n'a nul besoin de ses créatures,
et que les devoirs de la société sont
presque tous extérieurs. Car outre que les
hommes ne peuvent savoir nos sentiments à leur
égard, si nous ne leur en donnons des marques
sensibles, ils ont tous besoin les uns des autres,
soit pour la conservation de leur vie, soit pour leur
instruction particulière, soit enfin pour mille
et mille secours dont ils ne peuvent se passer. Ainsi
exiger des autres les devoirs intérieurs et
spirituels, qu'on ne doit qu'à Dieu, esprit
pur, scrutateur des cœurs, seul indépendant
et suffisant à lui-même, c'est un orgueil
de démon. C'est vouloir dominer sur les esprits :
c'est s'attribuer la qualité de scrutateur
des cœurs. C'est en un mot exiger ce qu'on ne nous
doit point. MALEBRANCHE
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Juin
1997 Amérique du Nord
- Le langage sert-il à exprimer la réalité
?
- Le travail n'est-il que servitude ?
- Dégagez l'intérêt
philosophique de ce texte en procédant à
son étude ordonnée :
Que soit vrai tout ce que l'on dit tant aux autres
qu'à soi-même, c'est ce qu'il est impossible
de garantir dans tous les cas, parce qu'on peut se
tromper; mais que ce soit sincère, c'est ce
que l'on peut et doit toujours garantir, parce qu'on
s'en rend compte immédiatement. Dans le premier
cas, il faut, par un jugement logique de la raison,
confronter l'affirmation avec l'objet; dans le second,
à l'instant où l'on constate sa conviction,
on confronte devant la conscience l'affirmation avec
le sujet. Si l'on pose l'affirmation par rapport à
l'objet sans s'être assuré qu'on peut
la poser aussi par rapport au sujet, on avance autre
chose que ce dont on est convaincu, on ment /.../.
Les moralistes parlent d'une conscience fausse, mais
ils disent une absurdité. Si une pareille conscience
existait, personne ne serait plus jamais assuré
d'avoir bien agi, puisque le juge en dernier ressort
lui-même pourrait se tromper. Il m'arrive sans
doute de me tromper dans le jugement qui me fait croire
que j'ai raison; mais ce jugement procède de
l'intelligence, et celle-ci se borne, d'une manière
exacte ou erronée, à juger objectivement.
Mais dans ce sentiment intime: je crois avoir raison,
ou: je fais semblant de le croire, je ne puis absolument
pas me tromper, puisque ce jugement, ou mieux cette
phrase n'est que l'expression de ce sentiment même.
KANT
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Juin
1997 Centres étrangers
- Comprend-on mieux ce dont on connaît
l'histoire ?
- L'imagination est-elle créatrice ?
- Dégagez l'intérêt
philosophique de ce texte en procédant à
son étude ordonnée :
La géométrie est très utile pour
rendre l'esprit attentif aux choses dont on veut découvrir
les rapports ; mais il faut avouer qu'elle nous est
quelquefois occasion d'erreur, parce que nous nous
occupons si fort des démonstrations évidentes
et agréables que cette science nous fournit,
que nous ne considérons pas assez la nature
(...). On suppose, par exemple, que les planètes
décrivent par leurs mouvements des cercles
et des ellipses parfaitement régulières ;
ce qui n'est point vrai. On fait bien de le supposer,
afin de raisonner, et aussi parce qu'il s'en faut
peu que cela ne soit vrai, mais on doit toujours se
souvenir que le principe sur lequel on raisonne est
une supposition. De même, dans les mécaniques
on suppose que les roues et les leviers sont parfaitement
durs et semblables à des lignes et à
des cercles mathématiques sans pesanteur et
sans frottement (...). Il ne faut donc pas s 'étonner
si on se trompe, puisque l'on veut raisonner sur des
principes qui ne sont point exactement connus ;
et il ne faut pas s'imaginer que la géométrie
soit inutile à cause qu'elle ne nous délivre
pas de toutes nos erreurs. Les suppositions établies,
elle nous le fait raisonner conséquemment.
Nous rendant attentifs à ce que nous considérons,
elle nous le fait connaître évidemment.
Nous reconnaissons même par elle si nos suppositions
sont fausses ; car étant toujours certains
que nos raisonnements sont vrais, et l'expérience
ne s'accordant point avec eux, nous découvrons
que les principes supposés sont faux. mais
dans la géométrie et l'arithmétique
on ne peut n'en découvrir dans les sciences
exactes(1) qui soit un peu difficile. MALEBRANCHE
1.au XVIIème siècle, sciences de la
nature
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Session de
remplacement 1997 Centres étrangers
- L'homme peut-il être humain sans la présence
d'autrui ?
- Le sentiment du beau est-il communicable ?
- Dégagez l'intérêt philosophique
de ce texte en procédant à son étude
ordonnée :
Tous les bons esprits répètent /.../
qu'il n'y a de connaissances réelles que celles
qui reposent sur des faits observés. Cette
maxime fondamentale est évidemment incontestable,
si on l'applique, comme il convient, à l'état
viril (1) de notre intelligence. Mais en
se reportant à la formation de nos connaissances,
il n'en est pas moins certain que l'esprit humain,
dans son état primitif, ne pouvait ni ne devait
penser ainsi. Car, si d'un côté toute
théorie positive doit nécessairement
être fondée sur des observations, il
est également sensible, d'un autre côté,
que, pour se livrer à l'observation, notre
esprit a besoin d'une théorie quelconque. Si,
en contemplant les phénomènes, nous
ne les rattachions point immédiatement à
quelques principes, non seulement il nous serait impossible
de combiner ces observations isolées, et, par
conséquent, d'en tirer aucun fruit, mais nous
serions même entièrement incapables de
les retenir, et, le plus souvent, les faits resteraient
inaperçus sous nos yeux. A.
COMTE 1.viril :
est à prendre au sens de « développé »
ou « évolué »
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Juin
1997 Inde
- Faut-il travailler pour être heureux?
- La recherche scientifique est-elle une recherche
de la vérité?
- Vous dégagerez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée Lorsqu'on
déclare voir l'avenir, ce que l'on voit, ce
ne sont pas les événements eux-mêmes,
qui ne sont pas encore, autrement dit qui sont futurs,
ce sont leurs causes ou peut-être leurs signes
qui les annoncent et qui les uns et les autres existent
déjà : ils ne sont pas futurs,
mais déjà présents aux voyants
et c'est grâce à eux que l'avenir est
conçu par l'esprit et prédit. Ces conceptions
existent déjà, et ceux qui prédisent
l'avenir les voient présentes en eux-mêmes.
Je voudrais faire appel à l'éloquence
d'un exemple pris entre une foule d'autres. Je regarde
l'aurore, j'annonce le proche lever du soleil. Ce
que j'ai sous les yeux est présent, ce que
j’annonce est futur : non point le soleil qui
est déjà, mais son lever qui n'est pas
encore. Pourtant si je n'avais pas une image mentale
de ce lever même, comme à cet instant
où j'en parle, il me serait impossible de le
prédire. Mais cette aurore que j'aperçois
dans le ciel n'est pas le lever du soleil, bien qu'elle
le précède, pas davantage ne l'est l'image
que je porte dans mon esprit: seulement toutes les
deux sont présentes, je les vois et ainsi je
puis dire d'avance ce qui va se passer. L'avenir n'est
donc pas encore; s'il n'est pas encore, il n'est pas
et s'il n'est pas, il ne peut absolument pas se voir,
mais on peut le prédire d'après les
signes présents qui sont déjà
et qui se voient. SAINT-AUGUSTIN
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Juin
1997 Polynésie
- Le passionné est-il
l'ennemi de lui-même ?
- A quoi peut - on reconnaître la vérité
?
- Dégagez l'intérêt philosophique
de ce texte en procédant à son étude
ordonnée :
Cette espérance en des temps meilleurs, sans
laquelle jamais un réel désir d'accomplir
quelque chose qui aille dans le sens du bien général
n'aurait enflammé le cœur humain, a aussi toujours
eu une influence sur l'activité des bons esprits
/.../. Malgré le triste spectacle non pas tant
des maux d'origine naturelle qui pèsent sur
le genre humain, que de ceux que les hommes s'infligent
à eux mêmes les uns les autres, l'esprit
s'éclaire pourtant devant la perspective que
l'avenir sera peut-être meilleur, et il le fait
certes avec une bienveillance désintéressée,
étant donné que nous serons depuis longtemps
dans la tombe et ne récolterons pas les fruits
de ce nous aurons nous-mêmes en partie semé.
Les arguments empiriques déployés contre
le sucés de ces résolutions inspirées
par l'espoir sont ici sans effet. Car la proposition
selon laquelle ce qui jusqu'à maintenant n'a
pas encore réussi ne doit pour cette raison
jamais réussir non plus, ne justifie même
pas qu'on abandonne une intention pragmatique* ou
technique (comme par exemple les voyages aériens
avec des ballons aérostatiques), mais encore
moins qu'on abandonne une intention morale qui, dès
que sa réalisation ne peut pas être démontrée
impossible, devient un devoir. KANT
* pragmatique est à
prendre au sens d'utilitaire
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Juin
1997 Sportifs de haut niveau
- Avons-nous besoin de rêver ?
- L'Etat doit-il être sans pitié
?
- Dégagez l'intérêt
philosophique du texte suivant en procédant
à son étude ordonnée :
Il semble que le savoir scientifique acquis soit
toujours essayé, toujours contrôlé,
toujours critiqué. Un peu de doute potentiel
reste toujours en réserve dans les notions
scientifiques (…). On ne l'élimine pas par
une expérience réussie. Il pourra renaître,
s'actualiser quand une autre expérience est
rencontrée. Et, précisément,
à la différence de la connaissance commune,
la connaissance scientifique est faite de la rencontre
d'expériences nouvelles; elle prend son dynamisme
de la provocation d'expériences qui débordent
le champ d'expériences anciennes. On n'est
donc jamais sûr que ce qui fut fondamental le
restera. Le dogmatisme scientifique est un dogmatisme
qui s'émousse. Il peut trancher un débat
actuel et cependant être un embarras quand l'expérience
enjoint de « remettre en question »
une notion. Tout savoir scientifique est ainsi soumis
à une autocritique. On ne s'instruit, dans
les sciences modernes, qu'en critiquant sans cesse
son propre savoir. BACHELARD
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